Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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Défense de rire

Emmanuel Macron, le ‘’vertical’’, n’aime pas l’humour et le poil à gratter.

Adèle Van Reeth, philosophe (non agrégée) et nouvelle patronne de France Inter, non plus. 

Ce trait de caractère est l’un des points communs aux deux quadragénaires.

Le président de la République et la compagne de Raphaël Enthoven (lui aussi philosophe et l’un des ex de Carla Bruni) sont arrivés à des postes qui crispent et font perdre toute vélléité de s’octroyer des moments de franches rigolades.

Avant de les élire ou de les nommer, on devrait s’assurer qu’ils sont capables de rire et, plus encore, de rire de leurs propres travers. Or, il semble bien que les deux hauts personnages dont il est question n’acceptent pas de rire quand on parle d’eux et de leurs actes. Il est vrai que la réforme des retraites, par exemple, serait plutôt à pleurer !

C’est sans doute ce qui vaut aujourd’hui à Charline Vanhoenacker et à sa bande (Guillaume Meurice, Alex Vizorek, Juliette Arnaud, Clara Dupond-Monod et André Manoukian) de perdre l’émission quotidienne C’est encore nous.

Charline a tenu à préciser : « Ce n’est pas ma décision. Je vous confirme que la quotidienne s’arrête. » Deux phrases pleines de sous-entendus.

L’émission réunit chaque jour 1,25 million d’auditeurs. Mais Adèle Van Reeth a décidé (seule ?) de confier la tranche horaire au transfuge d’Europe 1, Matthieu Noël, beaucoup plus consensuel que la bande des Belges. Sans explication.

Le changement interroge et pas seulement dans les studios de la Maison ronde. Les auditeurs qui goûtaient l’humour corrosif de Charline apprécieront !

Décidément, à l’Elysée, on veille à tout et on ne rit pas.

La fin d’un monde

Jean-Michel Aulas, le président de l’équipe de football de l’Olympique lyonnais, limogé par le nouveau propriétaire, John Textor, un Américain, après 36 ans à sa tête, ce n’est même pas une surprise. L’Américain a investi, il prend le pouvoir ! C’était écrit.

Vikash Dhorasoo, ex-international et ancien joueur du club lyonnais, a pu regretter que « aujourd’hui, le foot est vendu à des fonds de pension, à des milliardaires qui viennent de plein d’endroits de la planète et qui n’ont aucun ancrage localement (…) Jean-Michel Aulas était un des derniers présidents vraiment attachés à sa ville, à son club et à sa région. C’est vraiment un changement d’époque. »

Le football est devenu une activité commerciale dans laquelle les financiers se sont engouffrés, encore faut-il que l’investissement se transforme en dividendes et en notioriété. Ils pensent que le jeu de football (où il y a toujours un vainqueur et un perdant) peut se gérer avec les recettes de n’importe quel secteur industriel.

Jean-Michel Aulas, patron millionnaire, qui fut aussi un dirigeant du MEDEF local, en fait l’amère expérience. Il est une ‘’victime’’ consentante du capitalisme financier qui a sonné le glas du patronat familial dans tous les secteurs d’activités.

On ne le plaindra pas, il a pleinement préparé le terrain. Mais le football, lui, est le grand perdant de ces petits arrangements entre financiers.

Prière pour la pluie !

Si François Cusset constate que quelque chose se lève face aux Croisés anti-woke, on peut néanmoins s’inquiéter que l’obscurantisme devienne de plus en plus militant. Et ose se manifester dans l’espace public avec le soutien des droites des peurs.

Après la procession organisée récemment par le diocèse Perpignan pour « demander la pluie » (sic), c’est celui de Draguignan qui a sorti les statues de Sainte-Roseline pour implorer son Dieu d’apporter un peu de précipitations dans une région particulièrement touchée par la sécheresse.

Implorer Dieu comme remède au réchauffement climatique n’est pas le signe évident d’un progrès de l’intelligence, mais plutôt le retour à de vieilles traditions où l’Eglise catholique s’opposait aux connaissances scientifiques, à l’instruction et au progrès pour maintenir ses ouailles dans l’ignorance et la soumission. C’était l’époque des autodafés et des excommunications, l’époque où on brûlait Giordano Bruno.

On croyait avoir tourné la page de cette théocratie anti-humaniste et la voilà qui se déchaîne en se révélant à la fois raciste, patriarcale et rétrograde.

A Draguignan, c’est l’évêque de Fréjus-Toulon, Dominique Rey qui était à la tête d’une procession en compagnie du maire Richard Strambio, du député Philippe Schreck, membre du Rassemblement national, et des Sœurs de la Consolation.

L’évêque n’est pas un inconnu ; il a fait campagne avec la Marche pour la vie, la Manif pour tous, contre la PMA et l’avortement et même contre le Téléthon, au prétexte de l’incompatibilité éthique pour les catholiques entre le respect de la personne humaine et la recherche sur l’embryon humain. Un agité de la mitre forcené et persévérant !

L’évêque s’était également illustré à l’occasion de l’université d’été de son diocèse en 2015, en étant le premier à inviter un élu du Front national, Marion Maréchal, mais aussi Aymeric Pourbaix, le directeur de Famille chrétienne, appartenant à Vincent Bolloré. Puis en 2017, il avait osé conditionner « un bon accueil des migrants » à l’affirmation de leurs « racines chrétiennes ». 

Le Vatican s’est inquiété des positions réitérées de son évêque et diligenté des enquêtes, suspendant l’ordination de prêtres dans le diocèse.

Si Dieu existe, il devrait rappeler à cet inquiétant personnage et à ses ouailles les paroles du Christ, si éloigné de leur idéologie et de leur croyance.

Henri Cartier-Bresson, l’autre couronnement

La Fondation Henri Cartier-Bresson a de l’à-propos ; elle présente jusqu’en septembre une cinquantaine de photos du célèbre reporter-photographe sur le couronnement de George VI le 12 mai 1937, sous le titre ‘’Henri Cartier-Bresson, l’autre couronnement’’.

L’idée est riche car Cartier-Bresson a réalisé tout un reportage sans montrer ni le couronnement, ni le roi, en tournant le dos au cérémonial. Le service public France Télévisions aurait pu s’inspirer de l’attitude du photographe plutôt que de consacrer quasiment toute sa journée de samedi à ‘’l’autre couronnement’’ et de multiplier les mots et les phrases d’extase devant ce spectacle en abusant de tous les qualificatifs.

Le choix d’Henri Cartier-Bresson était politique ; il était l’envoyé spécial du nouveau quotidien communiste Ce Soir de Louis Aragon. Il s’est attaché à montrer le peuple britannique et lui seul (dans sa multitude). Il a donc ‘’couvert’’ tout le couronnement dos au carrosse et dos au balcon de Buckingman. Et s’il a consenti à rapporter un cliché du carrosse, il a pris soin de le fixer sur la pellicule la veille du couronnement lors d’une répétition, sans le roi.

Un Cartier-Bresson d’aujourd’hui n’aurait pas raté la manifestation de Republic, un mouvement de militants pour l’abolition de la monarchie et l’instauration d’une véritable république. Mais, aujourd’hui, nous assistons à la réhabilitation de l’information ‘’people’’, quitte à grossir l’intérêt du sujet et à s’extasier devant cette royauté de pacotille, ses privilèges et son sens des affaires. Sur France 2, les téléspectateurs ont dû subir les commentaires de Stéphane Bern (et d’un Julian Bugier tentant de se hisser au niveau du chantre de la royauté) et même d’une Adelaïde de Clermont-Tonnerre (propriétaire du magazine des rois, Point de vue, fille de Renaud de Clermont-Tonnerre et de Gilone Boulay de la Meurthe !) sur le plateau de Laurent Delahousse. 

Le couronnement de 2023 avait quelque chose de grotesque, étalage d’un monde dépassé et inégalitaire. France 2 s’en est fait, hélas, le héraut. 

Henri Cartier-Bresson et son exposition viennent nous rappeler qu’on peut être un photographe réputé et avoir encore une éthique pour traiter un sujet d’Ancien Régime sous un angle décalé et politiquement juste.

Un vent se lève

Emmanuel Macron, pensant pouvoir tourner définitivement la page de la réforme des retraites, ressort son projet de loi sur l’immigration et autorise Gérald Darmanin à user de toutes les bassesses pour préparer le terrain. Pour amener la droite de Ciotti à voter la loi sans avoir recours au 49-3.

La perspective doit inquiéter les vrais démocrates et incite à se reporter à la collection Tracts de Gallimard qui a publié en janvier un brillant réquisitoire du professeur de Nanterre, François Cusset, sous le titre ‘’La haine de l’émancipation – Debout la jeunesse du monde’’.

François Cusset campe le décor dès le préambule :

« Pourquoi tant de haine ? Pourquoi la ‘’différence’’ (sexuelle, ethnoculturelle, dans le mode de vie ou le rapport au vivant), qu’on pensait admise, conquise de haute lutte dans la seconde moitié du siècle dernier, suscite-t-elle aujourd’hui si souvent ce mélange de panique morale et de répugnance épidermique – qui ne se cache plus, et dans certains pays tient même les rênes du pouvoir ? Et puis n’a-t-on pas mieux à faire, tandis que la planète brûle, l’économie déraille, les geurres reprennent ? Mais non : partout l’air est pesant, délétère, chargé de tensions, de ce fiel qui recharge des rancoeurs anciennes et électrise les rapports sociaux. »

François Cusset dénonce deux formes de haine ; l’une qu’il qualifie d’ordinaire, véhiculée par les médias et les réseaux sociaux et l’autre, la haine extraordinaire, « celle de pamphlétaires cupides et d’idéologues de réseaux sociaux ». Il accuse ainsi, à juste titre, Philippe Val, Michel Onfray que la ministre Frédérique Vidal, etc., c’est-à-dire « des coteries de mâles blancs énervés », rejoignant les Ligues chrétiennes des Etats-Unis, animées du même venin que les haines de rue pour « fabriquer cet ‘’Ennemi unique’’, qui menacerait l’ordre du monde – qu’on l’appelle wokisme, islamo-gauchisme, communautarisme, extrêmisme minoritaire ou passion identitaire. »

L’analyse du phénomène est formidable de clarté.

Si le venin ne cesse de se répandre dans la société, François Cusset observe que « Quelque chose se lève ». Face aux Croisé anti-woke et aux droites dures ou extrêmes, les résistances des ‘’minoritaires’’ s’organisent : « ce qui se lève est jeune, incroyablement jeune (…) quelques chose d’encore éclaté, mal dégrossi, parfois naïf ou péremptoire », remarque l’auteur. Ces mouvements de fond d’une jeunesse qui refuse le vieux monde des peurs font la preuve d’une intelligence en acte qui contraste avec « une violence et une bêtise inédites ».

Néanmoins, ces résistances sont encore dispersées : « Or, l’émancipation, pour rester un horizon valable, ne peut être que celle de tous, désormais, et non plus de quelques-uns, qui en se l’accaparant la discréditent à long terme. » Elles affrontent un adversaire redoutable, « le capitalisme contemporain (…) patriarcal, discriminant, néocolonial et écocidaire ». Ce capitalisme-là a besoin de cet ‘’ennemi’’ pour maintenir ses régimes untraconservateurs.

François Cusset a écrit son essai avant que cette jeunesse (dans toute ses différences) ne rejoigne le large mouvement social de contestation, uni bien au-delà de la réforme des retraites, témoignant « d’un moment historique de renouvellement des possibles chez tous les opprimés. »

Le moment historique connaîtra-t-il un nouvel épisode à l’occasion de l’examen du projet de loi sur l’immigration ?

Pauvre Messi

Le football de haut niveau n’est pas avare de scandales. Le club de la capitale, propriété du fonds d’investissement du Qatar, le PSG, en est un pourvoyeur régulier.

Aujourd’hui, il se couvre de ridicule en ‘’licenciant’’ celui qui était présenté comme le joueur devant lui permettre enfin de remporter la Coupe d’Europe, aux côtés de Kylian Mbappé et Neymar.

Au bout du compte, quel fiasco et quel scandale financier ; dépenser des centaines de millions et offrir des salaires à ses stars que même les patrons du CAC40 n’osent pas espérer, quand le monde des pauvres est chaque jour plus pauvre, pour rien, prouve que l’argent ne rend pas intelligent.

Le Qatar n’a rien compris au football, mais il fait néanmoins école et de plus en plus d’équipes de la supposée élite sont entre les mains du monde de la finance pour qui le ballon doit tourner rond et rapporter gros.

Léo Messi a donc été remercié par le PSG quelques mois seulement après avoir été accueilli comme un roi. Les médias en font leurs choux gras : la vie des stars fait de l’audience.

Mais aucune d’eux n’a osé poser les bonnes questions : Léo Messi a vendu son âme en acceptant de faire la promotion de l’Arabie saoudite, pays moyenâgeux où les droits de l’homme (et surtout de la femme) n’existent pas, pour des millions de pétro-dollars. Alors, Léo Messi a-t-il une âme ? Est-il prêt à toutes les compromissions pourvu que le chèque se distingue par un nombre de 0 très important ? Détourne-t-il les yeux quand il se rend chez son généreux employeur pour ne pas voir la situation des travailleurs immigrés, des voleurs à qui ont a tranché une main ou une femme adultère qu’on a lapidé ?

Léo Messi manie le ballon de football avec une extraordinaire dextérité ; il est un joueur d’exception et il a désormais tout gagné avec la Coupe du monde au Qatar, mais il est définitivement un pauvre homme qui ne mérite que mépris.

Changement de l’état du droit

En quelques jours seulement, le Conseil constitutionnel s’est fourvoyé aux yeux des citoyens. Sa dernière décision, portant sur la demande d’organisation d’un référendum d’initiative partagée (RIP), est identique à la première saisine ; elle est surtout un modèle de volonté politique de ne pas entraver les réformes d’Emmanuel Macron.

La décision est résumée en une phrase, en tête du communiqué de presse annonçant le refus : « Le Conseil constitutionnel juge que ne porte pas sur une réforme relative à la politique sociale de la nation, au sens de l’article 11 de la Constitution, la proposition de loi visant à interdire un âge légal de départ à la retraite supérieur à 62 ans. »

Il fallait oser l’écrire, les ‘’Sages’’ l’ont fait. Le texte de la décision n’est qu’un mauvais habillage d’une décision pauvre en droit et un renversement.

Un professeur de droit et par ailleurs membre du Modem (donc, en principe, de la majorité présidentielle), Paul Cassia, avait envoyé une contribution au Conseil dans laquelle il dressait un réquisitoire contre sa précédente décision :

« Par votre décision n° 2023-849 DC relative au relèvement à 64 ans de cet âge, vous avez donné la plus grande marge de manœuvre possible à l’exécutif au détriment du Parlement, au prix de contorsions en tout genre comme lorsque vous avez admis contra legem, sans motivation au surplus, qu’une loi de financement rectificative de la sécurité sociale puisse avoir des effets pérennes, largement au-delà de la seule « année en cours » (…) Par votre décision n° 2023-4 RIP relative à la fixation à 62 ans au maximum de cet âge, vous avez donné au mot « réforme » de l’article 11 de la Constitution l’interprétation la plus restrictive et donc la plus défavorable possible à la mise en œuvre de l’expression de la souveraineté par voie référendaire, en jugeant pour la première fois qu’une ‘’réforme’’ existe seulement si la proposition de loi RIP emporte ‘’un changement de l’état du droit’’ ».

L’acte d’accusation du juriste est sans appel.

Paul Cassia parle donc d’un « changement de l’état du droit » constitutionnel ; lles mots employés sont graves. Surtout venant de la part d’un adhérent du Modem.

Emmanuel Macron, le président du pouvoir vertical, dicte désormais le droit au Conseil constitutionnel. Et c’est insupportable dans une démocratie.

Monde en danger

La France, pays des Droits de l’Homme ? Est-ce encore vrai ?

Aujourd’hui, 3 mai, alors qu’on célèbre dans le monde entier la Journée internationale de la liberté de la presse, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) estime qu’elle a fait un nouveau pas en arrière et que la liberté d’expression n’est pas le moteur des autres droits de l’homme qu’elle devrait être.

Alors, certes, il y a de nombreux pays où les gouvernements prennent des mesures pour entraver la liberté d’expression. Certes, il y a des journalistes tués, emprisonnés, torturés pour avoir voulu faire leur métier en Iran, en Turquie, en Chine, en Russie, en Afghanistan, etc. Mais, pour autant, peut-on se réjouir de la situation en France quand Bolloré vide des rédactions entières, quand des journalistes sont menacés comme en Bretagne, quand la ‘’parole officielle’’ est entre les mains d’éditorialistes idéologues et réactionnaires, quand le service public de l’audiovisuel a vu disparaître la redevance, etc.

Et que dire des entraves à l’accès aux sources d’information et aux documents administratifs ? Faut-il s’accoutumer à la couverture scandaleuse des manifestations par nombre de médias, des mesures législatives prises par le pouvoir pour limiter le travail des reporters sur le terrain social, de la violence policière qui s’exerce parfois contre les journalistes ?

La liberté d’expression ne se découpe pas ; aussi, on doit être révolté quand Gérald Darmanin écrit à la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté « qu’elle excède ses compétences » pour avoir osé dénoncer dans un récent rapport « une instrumentalisation des mesures de garde à vue à des fins répressives ». Dominique Simonnot avait en effet constaté, une fois de plus que, sur 281 gardes à vue à la suite de la manifestation du 1er mai à Paris, 124 ont donné lieu à un classement sans suite.

Si la guerre de Poutine en Ukraine est monstrueuse, avec ses atteintes aux droits de l’homme quotidiens et inacceptables, que penser de Thierry Breton, ex-ministre et aujourd’hui commissaire européen en charge du marché intérieur, qui se déclare « confiant que d’ici à douze moins, nous pourrons monter notre capacité de production à 1 million de munitions par an en Europe », appelant les industriels français à « passer en mode économie de guerre ».

Le commissaire rappelle que l’Union européenne doit continuer à aider l’industrie de l’armement, à hauteur d’1 milliard d’euros via la Facilité européenne de paix (FEP). On croit rêver !

Si on suit bien le discours de Thierry Breton, la paix n’est donc pas pour demain. Aux discours de guerre, nous préférons les appels à la paix et les actes pour y parvenir au plus tôt pour épargner des vies, des malheurs et des atteintes aux droits de l’homme. Plus que jamais, Jacques Prévert avait raison, « Quelle connerie, la guerre ! ».

Décidément, ce sont toutes les libertés qui sont menacées ici et ailleurs. Les citoyens de bonne volonté et humanistes doivent se lever pour exiger le respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Vite. La situation est grave !

Tout est encore possible

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, a rappelé fort justement que tout n’est pas encore joué en ce qui concerne la réforme des retraites, malgré la volonté exprimée par le président de la République et les membres de son gouvernement de tourner la page et de passer à autre chose.

Sophie Binet s’est exprimée clairement sur France 2 (Télé-Matin) : « Il ne peut pas y avoir de retour à la normale si cette réforme n’est pas retirée. Ce 1er-Mai sert aussi à dire que nous voulons enfin que nos aspirations soient mises à l’ordre du jour : des augmentations de salaire, l’égalité entre les femmes et les hommes, une amélioration des conditions de travail et la prise en compte des enjeux environnementaux. » Elle a ajouté que la réduction du temps de travail et le passage à la semaine de 4 jours était également à l’ordre du jour.

Tout n’est pas joué alors que la loi a été promulguée ?

Le rapport de force est toujours du côté des citoyens et de leurs organisations syndicales (unies) ; les manifestations du 1er mai en sont une nouvelle preuve. Ensuite, un projet de loi, simple et clair, a été déposé par le groupe LIOT (rejoint par le groupe communiste). Il ne comporte que deux articles, le premier disant : « La loi n° 2023‑270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 est abrogée. » Les députés vont enfin pouvoir voter sur la réforme, ce que Macron et le gouvernement ont refusé en usant et abusant des dispositions antidémocratiques comme le 49-3. Ceux qui ont hésité à voter la motion de censure du gouvernement auront ainsi l’occasion d’exprimer leur désaccord avec une réforme inutile et antisociale.

Par ailleurs, le Conseil constitutionnel doit aussi se prononcer sur la demande d’organisation d’un Référendum d’initiative populaire (RIP).

Tout n’est pas joué. Tout est encore possible.

C’est l’inénarrable Dominique Seux (la voix de son maître) qui donne de nouveaux arguments aux opposants dans sa chronique libérale quotidienne sur France Inter :

« Combien rapporte-t-elle, cette réforme qui prévoit le relèvement de l’âge légal de départ à 64 ans ? Eh bien, on trouve l’information dans un document du ministère des Finances adopté en conseil des ministres la semaine dernière : il s’agit du « Programme de Stabilité » que tous les pays européens doivent transmettre chaque année à Bruxelles pour indiquer aux autres pays leur politique économique – ce qui est logique quand on partage la même monnaie. En 2027, la réforme des retraites elle-même rapportera en net 8 milliards d’euros, auxquels Bercy ajoute 9 milliards d’euros : ce sont les cotisations sociales et les impôts en plus qui rentreront avec l’amélioration espéré de l’emploi des seniors et de la croissance. Soit donc un effet total 9 + 8 = 17 milliards d’euros sur les comptes publics français (…) La réforme des retraites a donc bien un objectif de redressement des finances publiques : sans elle, le gouvernement ne pourrait pas ramener le déficit public sous les 3% du PIB. »

L’argument avait été réfuté par le gouvernement ; Dominique Seux contredit ceux qu’il est censé servir ! Il n’est pas allé jusqu’à avouer que ce sont les salariés (surtout les femmes) et les retraités qui paieront pour respecter les règles ultralibérales de Bruxelles. Mais les citoyens ont compris et continueront à exiger le retrait de la loi avec plus de force encore.

La droite et la culture

Le monde de la culture est en crise.

Réforme de l’indemnisation du chômage, crise sanitaire (fermant les salles et favorisant les plateformes numériques, comme Netflix ou Disney) et crise de l’énergie ont eu raison de nombreuses salles et entraîné les acteurs culturels un peu plus dans la précarité.

Le budget de l’Etat stagne et ne suit pas le rythme de l’inflation. Les collectivités territoriales dont le budget pour la culture est plus du double de celui de Rima Abdul-Malak revoient leurs priorités et les activités culturelles ne sont pas épargnées ; la suppression de la taxe d’habitation et les dotations en baisse ont eu un effet immédiat sur les sommes affectées à l’art, sous toutes ses formes.

Les élus de droite profitent du climat ambiant pour tenter d’éliminer les structures qui osent faire de la culture qui grandit. Laurent Wauquiez prive le Théâtre Nouvelle Génération de Lyon de sa subvention au terme d’un bras de fer où le déclaré candidat à la présidence de la République en 2027 a étalé sa ‘’culture de la peur’’ et ses dérives autocrates et obscurantistes. A Calais, Natacha Bouchart s’en prend, elle, au Channel dirigé par Francis Peduzzi en déclarant ne plus vouloir travailler avec lui.

Les deux élus se revendiquent des Républicains et leur attitude n’est pas une simple péripétie. Cette droite-là ne supporte, au mieux, que le divertissement standardisé, marchandisé et rentable, aussitôt oublié, quand le citoyen, aujourd’hui, a besoin de la création originale qui favorise la confrontation, enrichit les savoirs et permet de comprendre la marche du monde.

Ils rendent d’une cruelle actualité la Déclaration des droits de la culture adoptée à l’initiative de Jack Ralité en 1987, dans laquelle on peut lire : « Un peuple qui abandonne son imaginaire culturel à l’affairisme se condamne à des libertés précaires ».

Wauquiez et Bouchart ont rejoint Emmanuel Macron dans sa croisade pour une culture otage des audiences, des tirages et des sondages. La déclaration de 1987 était un appel à la mobilisation pour une autre monde :

« Contre cette formidable inversion des valeurs entre la culture et l’argent, contre le cynisme de ses décideurs quels qu’ils soient, nous en appelons à un sursaut éthique de tout le monde des arts et des lettres. Nous proclamons qu’il n’y a pas dans une nation de valeurs culturelles capables de vivifier son passé comme de dessiner son avenir sans les incessantes trouvailles de la création artistique, sans la liberté de leur confrontation, sans la volonté d’en faire le bien commun des artistes et leur peuple. À l’uniforme gris des ambitions mercantiles nous opposons l’arc-en-ciel des sensibilités et des intelligences, l’ouverture plurielle à la culture des hommes et des peuples du monde entier. »

Près de quarante plus tard, le sursaut du peuple de France pour travailler moins longtemps doit rejoindre dans un même élan la revendication pour plus de temps libre pour se cultiver.

En cette veille de fête du travail, la mobilisation doit s’étendre à la revendication pour le droit à la culture ; il faut chasser la droite sans culture et du travailler plus.

Macron, chef d’escadrille

Emmanuel Macron est dans la tourmente ; faut-il préciser qu’il récolte les fruits de sa politique ultra-libérale. Mais ces fruits-là, c’est le peuple qui les paie. Très cher.

Après la crise des gilets jaunes, puis la crise sanitaire, la tourmente se transforme en un ouragan de force maximum. La réforme des retraites a dessillé les yeux des Français qui manifestent et sa politique irrite les agences de notation, ces ‘’machins’’ chargés d’évaluer la solvabilité des Etats, des collectivités et des grandes entreprises (la note attribuée déterminant le taux d’intérêt des emprunts sur les marchés financiers).

L’agence Fitch Ratings qui fut pendant quelques années la propriété du baron Marc Ladreit de Lacharrière (l’employeur fictif de Pénélope Fillon), a abaissé la note de la France d’un cran en invoquant les mouvements sociaux qui « constituent un risque pour le programme de réformes de Macron et pourraient créer des pressions en faveur d’une politique budgétaire plus expansionniste ou d’un renversement des réformes précédentes ».

Autrement dit, les milieux financiers ne croient pas aux 100 jours de Macron et considèrent que la feuille de route d’Elisabeth Borne est intenable et inatteignable. D’autant plus que les ministres en charge de l’économie n’en finissent pas de se contredire. Quand Gabriel Attal annonce des baisses d’impôt, notamment pour « les classes moyennes qui travaillent », Bruno Le Maire affirme à peu près le contraire et déclare, lui, que le ‘’quoi qu’il en coûte’’ c’est terminé.

Fitch ne croit ni l’un, ni l’autre et s’attend à des « déficits relativement importants et des progrès modestes dans la consolidation budgétaire ».

La France retrouve la chienlit et certains éditorialistes qui encensaient hier encore Emmanuel Macron peuvent écrire que « En Marche, en fait, ça ne marche pas ». Le bruit assourdissant des casserolades, partout, finit par rendre nos gouvernants complètement fous, de plus en plus désorientés et deconnectés du réel.

Une petite phrase attribuée à Jacques Chirac (mais digne de Michel Audiard) : « Les emmerdes, c’est comme les cons, ça vole toujours en escadrille », obsède Emmanuel Macron y, même quand il se rase!

La bêtise des Molières (suite)

Fabienne Pascaud, l’ex-directrice de la rédaction de Télérama, sévit (hélas) encore. Voilà qu’elle est tombée en pamoison sur le site du magazine après « le beau coup d’éclat » (sic) de la ministre de la culture, Rima Abdul-Malak.

La lecture des deux feuillets de celle qui était surnommée la ‘’papesse’’ plonge dans un profond malaise : « Rima Abdul-Malak, elle, a osé sortir de postures convenues (…) Rima Abdul-Malak n’a pas flanché (…) Rima Abdul-Malak n’a pas eu peur. Elle s’est levée dans la salle médusée pour répondre avec cran et panache, la voix à peine émue (…) Et Rima Abdul-Malak de rappeler un budget en hausse historique de 7 % par rapport à l’année passée (…) Et de conclure que, si silence il y a, ce serait plutôt de la faute des syndicats (…) Beau coup d’éclat. Par cette intervention courageuse, offensive, la ministre – il est vrai qu’on peut parfois regretter son manque de visibilité face à un président tout-puissant, décidant de tout, et pas vraiment intéressé par la chose culturelle, dont elle fut longtemps la remarquable conseillère -, a prouvé sa détermination et sa légitimité. Et la conseillère de devenir enfin ministre. »

Quel cirage de pompe (ministérielle) ! Quelle allégeance ! Quelle cécité !

Fabienne Pascaud n’a pas remarqué que l’intervention était organisée (la preuve par le micro baladeur tendu à la ministre) et non spontanée.

Fabienne Pascaud est, paraît-il, à la retraite ; on lui accordera donc les circonstances atténuantes d’ignorer que l’intersyndicale a envoyé à la ministre un questionnaire de trois pages à propos des conséquences de la réforme des retraites sur les professions du spectacle en janvier. Resté sans réponse il a amené l’intersyndicale à refuser de siéger au Conseil national des professions du spectacle en raison de l’absence de réponse de la ministre, justifiant ainsi la question des deux militantes de la CGT : « Quand allez-vous décider de sortir de votre silence ? »

Fabienne Pascaud a démontré ainsi le même mépris envers la CGT et sa Fédération du Spectacle que Macron vis-à-vis des organisations syndicales. Cela ne nous étonne plus ; c’était une posture assumée de la directrice de Télérama.

La ‘’papesse’’ est partie à la retraite. On ne le regrettera pas ; on ne la regrettera pas !

La bêtise des Molières

Les concerts de casseroles ont le don d’irriter profondément Emmanuel Macron, le méprisant. C’est un bon signe pour les opposants. Avec son entourage de groupies imbéciles, il organise une riposte pitoyable, signe de sa fragilité dans un pays qui le rejette.

La Cérémonie des Molières est exemplaire des stratégies présidentielles pour tourner la page de la réforme des retraites.  Deux comédiennes de la Fédération CGT du Spectacle ont apostrophé la ministre de la culture, Rima Abdul-Malak en rappelant les fortes paroles de Gérard Philipe, alors président du Syndicat des acteurs CGT, en 1957 : « Les artistes ne sont pas des chiens ». Après avoir dénoncé le coup de force antidémocratique pour faire adopter le projet de loi sans vote, elles ont conclu en demandant à la ministre : « Quand allez-vous décider de sortir de votre silence ? » en faisant référence au questionnaire de trois feuillets, élaboré par l’intersyndicale du monde du spectacle, sur les conséquences de la réforme des retraites pour leurs professions, envoyé à Rima Abdul-Malak le 13 janvier dernier et resté sans réponse.

L’absence de réaction de la ministre a amené l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC) à refuser de siéger au Conseil national des professions du spectacle (CNPS) convoqué le 27 avril.

Téléspectateurs et participants présents au Théâtre de Paris n’ont pas eu connaissance de cette double démarche de l’intersyndicale mais, fait inédit, la ministre a cru devoir répondre à ses accusatrices, toute honte bue, en se levant de son fauteuil avec l’aval des organisateurs, qui, curieusement, se sont empressés de lui offrir un micro pour que le public ne manque rien de sa piètre intervention ; en effet, Rima Abdul Malak s’est octroyée un satisfecit, sans vergogne et en évitant de parler des retraites ou de son budget restant à 0,57 % du budget de l’Etat (loin de 1 %), ou encore des baisses, voire des suppressions des subventions de collectivités territoriales exsangues, entraînant des annulations de spectacles.

La scène était de toute évidence bien orchestrée par le maître de cérémonies, Jean-Marc Dumontet, président de l’Académie des Molières, qui a volé au secours de la ministre et de son ami Emmanuel Macron, en prenant à son tour le micro : « Nous avons la chance de vivre dans un grand pays qui accompagne la culture et ses créateurs (…) Quand j’entends que nous serions dans un pays ultralibéral, j’ai du mal à le croire au regard du niveau de nos prélèvements, qui est le plus élevé du monde occidental. Il faut qu’on sorte tous de nos postures. » (Sic).

Evidemment, les deux accusatrices ne se sont pas vues accorder un droit de réponse pour dénoncer autant de mauvaise foi et de contre-vérités.

Jean-Marc Dumontet a fait main basse sur les Molières et les discrédite en voulant les transformer en tribune idéologique. Ceux qui ont applaudi la ministre et le conseiller officieux du président pour la culture se sont discrédités eux aussi. La manœuvre est grossière et va jusqu’à la préférence affichée pour le théâtre privé qui a raflé quatorze des dix-neuf Molières. Dumontet veille à tout !

Je ne sais pas si le meilleur comédien, Christian Hecq, faisait référence à ce triste épisode mais ses paroles résonnent fort dans le contexte : « Il y a une chose qui résiste au temps, c’est la bêtise. Rions de notre bêtise, c’est le meilleur moyen de la combattre et ça, Monsieur Molière l’a compris il y a longtemps ».

Rions, donc, de la bêtise du président et de son gouvernement ; et continuons les concerts de casseroles !

Macron, quasi divin !

Chaque jour nous donne à lire des tribunes et des interviews d’intellectuels disséquant l’idéologie et les actes d’Emmanuel Macron. Ils alimentent un riche débat qui, hélas, n’irrigue pas l’ensemble de la société ; la faute aux médias audiovisuels et écrits entre les mains des quelques milliardaires qui les contrôlent. En confisquant la parole des intellectuels ils se comportent en alliés du président de la République.

Si ces paroles différentes étaient plus médiatisées, on pourrait croire à une opposition encore plus radicale à l’ultra-libéralisme et à la réforme des retraites.

La bataille des idées fait rage.

Cécile Alduy, chercheuse associée au CEVEPOF (Science Po) et professeure à l’université de Stanford en Californie, a longuement répondu aux questions de Valérie Lehoux de Télérama (interview à retouver sur le site du magazine).

J’en ai extrait une seule réponse qui éclaire avec beaucoup de justesse et de finesse la personnalité du président de la République :

« Dans la Bible, il est écrit : « Dieu dit : “Que la lumière soit ! Et la lumière fut.” » Eh bien Emmanuel Macron semble penser qu’il lui suffit de dire « la réforme est validée, on passe à autre chose », pour que cela advienne. Un verbe tout-puissant, et qui serait infaillible – à l’image de l’infaillibilité pontificale –, car il ne revient jamais en arrière en s’enrichissant d’autres points de vue… Autant dire que l’allusion à Notre-Dame n’a fait que renforcer cela : le chef de l’État se pose en personnage sacrificiel et thuriféraire, investi d’une mission quasi mystique ; un bâtisseur de cathédrales à la fois réelles et symboliques, Notre-Dame incendiée, puis la France tout entière. Son discours montrait encore la façon dont il aborde le dissensus : il le psychologise. Dans un passé pas si lointain, les politiques s’opposaient pour des raisons idéologiques. Avec son prétendu dépassement du clivage droite / gauche, Emmanuel Macron infantilise les revendications sociales en les attribuant uniquement à des sentiments, la colère ou l’angoisse. Comme si ses opposants n’avaient pas eux-mêmes une vision politique du type de société qu’ils souhaitent, mais seulement des émotions. Lui, à l’inverse, serait du côté de la raison et de la logique. »

Tout commentaire serait superflu !

Toute honte bue !

A la lecture de la Lettre d’avril du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales) on peut aisément imaginer que Gérald Darmanin (et même Emmanuel Macron) a été tout tourneboulé, rouge de colère, à la limite de l’apoplexie :

« Le projet de loi sur l’immigration qui devait être débattu au Parlement proposait de ‘’rendre possible l’éloignement d’étrangers constituant une menace grave pour l’ordre public’’. Une manière, peut-être, de répondre aux inquiétudes persistantes de ceux qui, dans les enquêtes d’opinion, estiment que l’immigration aggrave la délinquance. Pourtant, les études réalisées dans différents pays concluent sans ambiguïté que les immigrés ne sont pas à l’origine d’une augmentation des taux d’infraction dans les pays d’accueil. Et si les étrangers en situation irrégulière ont une probabilité plus forte de commettre des vols, un meilleur accès au marché du travail peut résorber cet écart. La surreprésentation des immigrés dans les statistiques officielles mais aussi le traitement médiatique de la délinquance permettent de comprendre l’écart entre perceptions et réalité. Lorsque les médias adoptent un traitement plus neutre de l’origine nationale ou étrangère des auteurs présumés d’infractions, les inquiétudes à l’égard de l’immigration se réduisent. C’est en tout cas ce que montre l’expérience allemande en la matière. »

A quelques semaines de l’examen du projet de loi sur l’immigration, ne s’agit-il pas d’une opération de torpillage de la part de dangereux intellectuels, gauchistes, voire écoterroristes, infiltrés dans les services gouvernementaux ?

D’autant que le CEPII est un centre des services du premier ministre, contribuant au débat public et à la formulation des politiques économiques en matière de politique comemrciale, compététivité, macroéconomie, finance internationale et croissance !   Les deux auteurs, Arnaud Philippe et Jérôme Valette sont respectivement enseignant-chercheur à l’université de Bristol et économiste au CEPII. Difficile de les soupçonner d’être de dangereux gauchistes ou de wokistes.

Bref, si Darmanin a éructé, Macron, lui, a mangé son chapeau ; ne déclarait-il pas à la télévision le 26 octobre 2022 : « Quand on regarde aujourd’hui la délinquance à Paris, on ne peut pas ne pas voir que la moitié au moins des faits de délinquance qu’on observe viennent de personnes qui sont des étrangers ».

Les auteurs de l’étude ont enfoncé le clou en écrivant que « l’immigration mérite un débat à la hauteur des enjeux et des inquiétudes qu’elle suscite. Cependant, il n’y a pas de raisons de centrer cette discussion sur la délinquance. » Ils n’ont pas oublié de relever l’énorme responsabilité des journalistes : « Un traitement plus équilibré de l’information relative à la délinquance, selon l’origine nationale ou étrangère des suspects, permettrait également de rendre les perceptions plus proches de la réalité. »

Bref, ceux qui empruntent le vocabulaire et les idées fascisantes du Rassemblement national, de Zemmour et des Républicains pour tenter de faire oublier leur politique antisociale devraient faire profil bas ; mais, sans honte, ils continueront de fustiger ceux qui osent parler de crise démocratique.

Tourner le dos à Macron

Si peuple de France s’est levé contre la réforme des retraites, de nombreux intellectuels ont joint leur voix à ceux qu’Emmanuel nomme avec mépris de ‘’foule’’. Ces intellectuels, sans être révolutionnaires mais suffisamment choqués par la ‘’méthode Macron’’ pour prendre la parole, se sont rejoints pour condamner unanimement la crise démocratique profonde actuelle avec des mots proches.

Il reste encore des médias pour publier leurs coups de gueule ; les milliardaires, Arnault, Bolloré, Bouygues, Dassault, Kretinsky n’arrivent pas (encore) à étouffer les informations contraires à leurs intérêts.

Dans Télérama, Bastien Fançois, professeur de science politique et de droit constitutionnel, constate que « les Français ne deviendront pas favorables à cette réforme sous prétexte qu’elle est constitutionnelle. Ils ont, une fois de plus, le sentiment qu’on vient de leur claquer une porte au nez. Le Conseil constitutionnel n’était de toute façon pas en mesure de résoudre le problème de fond : la crise démocratique profonde. Le débat sur les retraites n’en est pas la cause, mais il l’a révélée. Elle naît du décalage croissant entre un système de décision vertical et centralisé, caporaliste, qui n’écoute ni le Parlement ni les citoyens, et la société, qui n’est plus celle de 1958 (…) Mais nos élites continuent de se représenter le peuple comme une sorte d’enfant : ils pensent que si on l’engueule un bon coup, il va se calmer. »

Jean Garrigues, historien, analyse dans le Monde les reniements du président de la République : « Il avait fait campagne sur le thème « Avec vous », soit une nouvelle manière de gouverner plus proche des citoyens, de la souveraineté populaire. Dans cette crise des retraites, il a fait exactement l’inverse. Ainsi, il a appliqué à la lettre les institutions de la Ve République en matière de présidentialisme, en utilisant tous ses ressorts, ce qui est d’ailleurs une forme de dérive de l’exercice de ces institutions. Il s’est arc-bouté sur sa légitimité institutionnelle en oubliant qu’à côté de cette légitimité, il y en a une autre, inscrite dans notre histoire depuis la Révolution française : une nécessité d’écouter aussi la voix des citoyens telle qu’elle s’exprime par des médiateurs comme les syndicats, les associations ou les médias. »

Enfin, dans L’Humanité, Samuel Hayat, politologue et historien, revient sur le débat entre légitimité électorale (mise en avant par Emmanuel Macron) et légitimité du mouvement social : « Il ne s’agit pas de mettre en question la légitimité électorale, ni de la mettre en balance avec celle de la rue. Mais pour donner corps à l’idée démocratique, l’élection ne suffit pas – la plupart des régimes autoritaires en tirent aussi leur légitimité –, les conditions d’exercice du pouvoir comptent tout autant. Une légitimité spécifiquement démocratique comprend en son cœur deux éléments : respecter la volonté populaire et agir dans l’intérêt de la majorité. Or, sur ces deux points, le gouvernement a systématiquement pris le contre-pied d’une démarche démocratique. En choisissant d’argumenter en termes d’expertise plutôt que de volonté populaire, et en justifiant de faire porter le poids de sa réforme sur les travailleurs pour ne pas augmenter les impôts sur les possédants. Sans compter qu’il utilise massivement la répression contre une mobilisation populaire. »

Les trois jugements sont sévères pour Emmanuel Macron et sa stratégie. Ils se rejoignent dans l’analyse de la dérive autoritaire d’un pouvoir et des dangers qu’elle fait peser sur le pays. Les précédents présidents de la Ve République ne sont jamais allés aussi loin que l’actuel locataire de l’Elysée, dans la manifestation du mépris envers les citoyens. 

C’est pourquoi l’unité syndicale doit être préservée ; il reste à espérer qu’elle inspire davantage les partis politiques de gauche pour élaborer un programme tournant le dos radicalement à l’autoritarisme ambiant et mettant fin à la crise démocratique.

Macron a fait du Macron

« Lundi soir à la télévision, Macron a fait du Macron » a reconnu Le Parisien, quotidien populaire propriété de l’homme le plus riche du monde, Bernard Arnault. Et, effectivement, Macron a fait du Macron.

S’il s’est interrogé d’emblée sur ‘’sa’’ réforme des retraites : « Cette réforme est-elle acceptée ? A l’évidence, non. » la réponse a été brève, nette et franche ; mais quoi après ? On passe à autre chose !

L’ensemble des médias a trouvé que l’autre chose, un nouveau cap fixé par le président de la République lui-même, avait un air de déjà vu et de déjà entendu. Pas convaincant. Du Macron et rien d’autre.

Un seul groupie du président, le bouffon du roi, habitué des rendez-vous secrets à l’Elysée, et néanmoins chargé de communication de Bernard Arnault, c’est-à-dire Dominique Seux, est venu déclarer dans son ‘’éditorial’’ quotidien sur France Inter (honte au service public !) que « Macron va laisser la CFDT présenter sa facture ».

Qu’a-t-il pu entendre par ces mots ? Eh bien, Seux a compris que Macron a lancé un clin d’oeil à la CFDT : « Ont été cités hier les mots pacte et progrès pour mieux vivre ; ça ressemble furieusement au pacte de pouvoir du pouvoir de vivre de Laurent Berger. »

Le journaliste qui relaie la parole élyséenne a résumé en quatre phrases le discours du président susceptible de se rabibocher avec Laurent Berger : « Un : la réforme des retraites entrera bien en vigueur, avec les 64 ans. Deux : à la grande différence des Gilets Jaunes et du Covid, Emmanuel Macron n’a pas l’intention de régler cette crise avec le chéquier du quoi qu’il en coûte. Trois : le patronat et les syndicats sont invités à négocier sur des tas de sujets pour bâtir, je cite, un pacte de la vie au travail : la CFDT va pouvoir présenter sa facture après sa défaite sur les retraites, en clair sa liste de courses, et je parie qu’elle sera en partie honorée. Enfin, quatre : les entreprises n’ont pas forcément tort d’imaginer que ce sont elles qui vont payer la facture puisque ce n’est pas l’Etat. »

Qu’Emmanuel Macron (et Seux) rêve de fracturer l’unité syndicale et de revoir Laurent Berger face à lui, seul, pour arranger les affaires d’un ultralibéralisme bien malade et rejeté, ce n’est pas un secret. Que Laurent Berger soit prêt à ‘’avaler’’ son chapeau après que le président méprisant lui ait décoché quelques petites phrases assassines, n’est pas assuré. Surtout, que la base de la CFDT se contente de quelques miettes et se console en signant quelques accords au rabais, après avoir été dans le mouvement de contestation est un pari qui n’est pas gagné d’avance.

D’autant plus que Dominique Seux ne voit pas l’Etat payer la facture : «Parce que cramer la caisse après avoir exigé des économies sur les retraites serait étrange (…) Mais quoi donc, une impossible hausse générale des salaires de 10%, le rétablissement de l’ISF ? Ben non, Macron ne change pas de cap. » Le patronat non plus. Avec un tel préambule, les adhérents de la CFDT vont sans doute réfléchir.

Macron a vraiment fait du Macron !

Enorme !

Dominique Rousseau, professeur émérite de droit public et constitutionnaliste reconnu et respecté, n’avait pas attendu la décision du Conseil constitutionnel pour dénoncer le « déni de démocratie parlementaire ». Dès le 22 mars, il écrivait : « Il y a des motifs sérieux de déclarer la loi inconstitutionnelle ».

Aujourd’hui, Dominique Rousseau est éberlué. Il publie une tribune sur le site du Monde dans laquelle il critique sévèrement la décision des neuf membres du Conseil et fait part de ses doutes sur son bien-fondé juridique.

L’éminent juriste a pointé notamment quatre arguments des prétendus Sages et les a disqualifiés ; mais pour apprécier son réqusitoire, il faut lire l’intégralité du texte de sa tribune sur le site du Monde.

Voici, cependant, les quatre paragraphes qui, pour Dominique Rousseau, discréditent la décision :

« § 65. En dernier lieu, la circonstance que certains ministres auraient délivré, lors de leurs interventions à l’Assemblée nationale et dans les médias, des estimations initialement erronées sur le montant des pensions de retraite qui seront versées à certaines catégories d’assurés, est sans incidence sur la procédure d’adoption de la loi déférée dès lors que ces estimations ont pu être débattues. » Enorme !

« § 69. D’autre part, la circonstance que plusieurs procédures prévues par la Constitution et par les règlements des assemblées aient été utilisées cumulativement pour accélérer l’examen de la loi déférée, n’est pas à elle seule de nature à rendre inconstitutionnel l’ensemble de la procédure législative ayant conduit à l’adoption de cette loi. » Enorme !

« § 70. En l’espèce, si l’utilisation combinée des procédures mises en œuvre a revêtu un caractère inhabituel, en réponse aux conditions des débats, elle n’a pas eu pour effet de rendre la procédure législative contraire à la Constitution. Par conséquent, la loi déférée a été adoptée selon une procédure conforme à la Constitution. » Enorme !

« § 11. D’autre part, si les dispositions relatives à la réforme des retraites, qui ne relèvent pas de ce domaine obligatoire, auraient pu figurer dans une loi ordinaire, le choix qui a été fait à l’origine par le Gouvernement de les faire figurer au sein d’une loi de financement rectificative ne méconnaît, en lui-même, aucune exigence constitutionnelle. Il n’appartient pas au Conseil constitutionnel de substituer son appréciation à celle du législateur à cet égard, mais uniquement de s’assurer que ces dispositions se rattachent à l’une des catégories mentionnées à l’article L.O. 111-3-12 du Code de la sécurité sociale. » Enorme !

On en conviendra, c’est énorme (et plus encore). Le professeur de droit public a attribué un zéro pointé mérité à la copie du Conseil. 

Les conséquences peuvent être considérables. Comme l’a écrit un autre professeur de droit public, Denis Baranger, « le Conseil constitutionnel a perdu une chance de rétablir un degré d’équilibre entre les pouvoirs ». 

Aujourd’hui, si les syndicats continuent à demander le retrait de la loi, la contestation se situera aussi au niveau politique et constitutionnel.

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, est tout à fait fondée à dénoncer Emmanuel Macron devenu le président du chaos ; les conséquences peuvent être terribles pour les citoyens ; comme l’écrivait Albert Camus : « Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles. »

Crime de haute trahison

Le 20 décembre 1848, le président de l’Assemblée constituante lut le serment que le nouveau président de la République devait s’engager à respecter :

« En présence de Dieu et devant le peuple français représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique une et indivisible et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution. »

Louis Napoléon Bonaparte jura et s’engagea à la respecter, notamment, son article 68 qui dit : « Toute mesure par laquelle le président de la République dissout l’Assemblée nationale, la proroge, ou met obstacle à l’exercice de son mandat, est un crime de haute trahison. »

On sait ce qu’il advint : le 2 décembre 1851, l’assemblée était dissoute ; la seconde République n’avait vécu que trois ans.

On ne peut s’empêcher d’établir un certain parallélisme entre la situation de 1848 et l’épisode tragique que la France est en train de vivre avec la lamentable épreuve de l’adoption sans vote puis la promulgation expresse de nuit de la réforme des retraites.

Le coup de force de Macron est aussi antidémocratique que le coup d’Etat de Louis-Napoléon. Ne peut-on pas parler de haute trahison ? Et, décidément, l’opportunité est belle de relire le pamphlet de Victor Hugo, écrit en exil à Bruxelles, Napoléon le Petit.

« La situation présente, qui semble calme à qui ne pense pas, est violente, qu’on ne s’y méprenne point. Quand la moralité publique s’éclipse, il se fait dans l’ordre social une ombre qui épouvante. Toutes les garanties s’en vont, tous les points d’appui s’évanouissent. »

Napoléon III a très mal fini. Le père Hugo l’avait prédit :

« Oui, on se réveillera !  Oui, on sortira de cette torpeur qui, pour un tel peuple, est la honte ; et quand la France sera réveillée, quand elle ouvrira les yeux, quand elle distinguera, quand elle verra ce qu’elle a devant elle et à côté d’elle, elle reculera, cette France, avec un frémissement terrible, devant ce monstrueux forfait qui a osé l’épouser dans les ténèbres et dont elle a partagé le lit. Alors l’heure suprême sonnera. »

Partis politiques de gauche et aussi quelques élus de droite, mais authentiques républicains, organisations syndicales enfin réunies vont se charger d’entretenir et de faire grandir la mobilisation pour faire échec à Emmanuel le Petit. Le 14 avril 2023 ne sera pas son 20 décembre 1848, ni son 2 décembre 1851 ; il n’a jamais été aussi proche du 4 septembre 1870 !

Son mépris n’est que la façade de ses faiblesses dans l’opinion. Il paiera, lui aussi, pour son crime de haute trahison.

Le peuple s’est déjà réveillé et il n’a pas pu s’empêcher de noter, aussi, que le 14 avril, le CAC 40 a battu son record absolu (7519,61 et 7480,83 en clôture, en hausse de plus de 16 % depuis le 1er janvier, porté, notamment pas LVMH et Hermès. L’argent coule à flot pour les actionnaires, mais ne ruisselle pas. Macron et son gouvernement ne se sentent pas hideux devant tant de richesses s’étalant quand des citoyens se privent, déjà, d’un repas par jour.

Macron veut faire taire la presse, mais il va parler. Ou plutôt soliloquer, récusant par avance toute contrariété que pourrait lui occasionner un journaliste à peine irrévérencieux. Il a confisqué la République ; il faut la lui faire rendre avant qu’il ne la confie à la bête immonde, tapie dans l’ombre, restant muette, mais engrangeant les consciences affaiblies.

Libertés en danger

La Ligue des droits de l’homme (LDH) a fait l’objet de toute les attentions de Gérald Darmanin puis d’Elisabeth Borne. Les accusations portées à l’encontre d’une association née en pleine affaire Dreyfus sont graves et inquiétantes.

Le président de la LDH a répondu avec beaucoup de talent dans une longue interview parue dans le Monde ; comme beaucoup de citoyens, Patrick Baudouin, avocat spécialiste de la justice pénale internationale, a « quelque peu honte pour notre pays, qui glisse progressivement vers les régimes illibéraux ».

Ses réponses condamnent la pitoyable opération de communication d’un ministre de l’intérieur qui ne sait plus comment justifier le recours à la force (et ses dérives) face à une mobilisation sociale aussi importante.

Le président de la LDH a aussi fait part de ses inquiétudes à propos des libertés fondamentales : 

« Les libertés publiques en France sont en péril. Vraiment. Depuis les attentats de New York en 2001, tous les pays, y compris démocratiques, ont adopté progressivement des législations de plus en plus répressives, des législations d’exception au nom de la lutte antiterroriste. On a rogné insidieusement les libertés, d’état d’urgence en état d’urgence. Je crois qu’il n’y a pas suffisamment de prise de conscience de ce glissement vers des pertes de libertés essentielles. Quant à nous, nous continuerons nos actions. La chaîne CNews affichait récemment : « La Ligue des droits de l’homme, ennemi de l’Etat ? » Non, la Ligue des droits de l’homme est une amie de l’Etat de droit. »

La réponse est digne, forte ; elle est un superbe réquisitoire contre le glissement de la politique de Macron vers un régime autoritaire, sans foi, ni loi. Elle est un appel à la Résistance face aux dérives liberticides du pouvoir.

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