Blog de Michel Diard

La Chouette qui hioque

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A Jacques Gaillot

Si Dieu existe, ce qui n’est nullement prouvé, mais là n’est pas le sujet, c’est lui qui, assurément, a rappelé Monseigneur Gaillot auprès de lui.  Dieu, donc, a voulu mettre fin aux tourments de cet homme bon, toujours prêt à voler au secours des pauvres et des opprimés, plus proche de tous les progressistes du monde que des légions chrétiennes traditionnalistes.

On imagine aisément qu’un homme comme Jacques Gaillot a dû souffrir dans son corps et dans son âme en apprenant qu’un petit élu du Texas pouvait attenter au droit pour les femmes de se faire avorter. Ou qu’un ramassis d’obscurs élus dits Républicains avaient osé déposer (et fait adopter au Sénat) une loi inique intitulée ‘’pour une école de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité’’, alors que ses articles ne visent qu’à élargir le fossé entre l’école des nantis (les établissements privés, catholiques de préférence) de l’école des pauvres (l’école publique, obligatoire, gratuite et vraiment laïque).

Jacques Gaillot devait être honteux en observant les méfaits d’un Vincent Bolloré, porte étendard de la bonne conscience catholique toujours flanqué d’un confesseur, traditionnaliste, le père Gabriel Grimaud, qui n’a assurément pas fait voeu de pauvreté en acceptant les subsides et les largesses d’un homme aussi peu chrétien envers les autres.

Monseigneur Gaillot a sans doute apprécié le soulèvement du peuple contre la réforme des retraites, car il savait combien la détérioration des conditions de travail ‘’casse’’ les corps des salariés, combien la précarité plonge les femmes dans l’angoisse.

Le saint prêtre est parti sans pouvoir dire tout le mal qu’il pensait d’un ministre, Gérald Darmanin, qui couvre les bavures de la police et fustige la Ligue des Droits de l’Homme sans vergogne. Alors que lui n’était que bonté

Les milieux prétendument catholiques, mais foncièrement réactionnaires, ont multiplié (et multiplient encore) les actions de lobbying pour accélérer le retour à un ordre moyenâgeux où le curé faisait la loi, sous le regard attentif des hobereaux libidineux et fainéants. Et l’inquiétude grandit de voir ce déferlement de bigots et de bigotes agitant leur crucifix comme pour justifier leurs vilénies attentatoires aux libertés fondamentales. Et si proches des instances de pouvoir.

Si Dieu existe, je ne sais pas ce que Jacques Gaillot lui aura dit en arrivant auprès de lui. Si engagé dans tous les combats pour la dignité humaine et la solidarité, il aura très certainement présenté un cahier de doléances épais et bien rempli. Il lui aura sans doute demandé aussi de rappeler les légions dites chrétiennes à plus d’humanité.

Si Dieu existe…

Faits et méfaits de la finance

J’ai déjà fait référence à Olivier Passet, économiste et directeur de la recherche dans le cabinet Xerfi. Son billet, aujourd’hui, analyse la situation paradoxale de la France (et des autres pays libéraux) : « On ne compte plus en France le nombre de grandes entreprises qui affichent un résultat record ou en forte progression en 2022 (…) Et sur le point chaud que constitue aujourd’hui l’inflation alimentaire, lorsqu’on observe la vitesse de reconstitution de la profitabilité des entreprises de ce secteur — dont le taux de marge a retrouvé son plus haut niveau depuis près de 20 ans, avec notamment les très bonnes performances financières de Nestlé, Coca-Cola, Danone, Pernod-Ricard ou Mondelez international [multinationale présente dans 165 pays, propriétaire de marques comme Belin, LU, Côte d’Or, Milka, Cadbury, Nabisco, Tuc, etc.] —, il est clair là encore que les grandes entreprises sont devenues des vecteurs de transmission et d’amplification de la hausse des prix au détriment des consommateurs (…) Profits record, dividendes record, rachats d’action record. Il n’y a pas de spécificité française en la matière. Les champions de la cote se sont transformés en foyer d’inflation. Dans tous les pays avancés, c’est bien la boucle prix/profits qui alimente d’abord la diffusion de l’inflation. Et partout, c’est bien l’augmentation des prix et non celle des volumes qui explique les bons résultats financiers des grands comptes, transformant le grand mouvement de concentration qui anime le capitalisme depuis plusieurs décennies en principale source de l’enracinement de l’inflation dans les pays avancés. »

Pour Olivier Passet, le principal accusé, c’est la finance à l’origine des énormes concentrations observées dans tous les secteurs économiques : « La conjonction d’un très faible niveau des taux d’intérêt et d’un haut niveau de rendement économique exigé des entreprises par les investisseurs, à l’origine d’un levier fortement positif, est précisément ce qui alimente l’effervescence en matière de fusion/acquisition au plan mondial depuis plusieurs décennies. Les fonds de gestion comme l’industrie du capital-investissement ne cessent d’encourager les regroupements d’entreprises et l’émergence de leader qui dominent leurs secteurs. »

Que croyez-vous que font Emmanuel Macron et son gouvernement, notamment Bruno Le Maire, ministre de l’économie, pour stopper cette politique dont le peuple est la première victime ? Rien, sinon maintenir le cap de réduction des impôts sur les entreprises et inciter les Français à restreindre leur consommation. Le commerce souffre, ferme et envoie des centaines de salariés à Pôle emploi.

Pour que la finance continue à afficher des performances incroyables. 

Olivier Passet dénonce ceux qui entretiennent l’inflation, « nouvel instrument d’extraction de la valeur ».

Tout est dit !

Présence de Picasso

Picasso est mort depuis 50 ans déjà et il est difficile de le croire, tant le génie qui a révolutionné l’art au début du XXe siècle est toujours aussi présent. Peinture, céramique, sculpture, etc., il a fait tomber les préjugés et permis à d’autres artistes de se libérer de nombreux carcans, y compris chez les écrivains ou les poètes, etc.

La multiplication des expositions ne cesse de faire découvrir de nouveaux apports et de nouvelles facettes de son talent. Il est l’objet de contestations renouvelées mais son génie n’est nullement remis en cause.

Il est devenu plus familier à un nombre plus élevé de citoyens ; il est plus apprécié par ceux qui veulent s’affranchir des traditions, conquis par un art devenu familier, grâce à des expositions qui ont réussi à faire comprendre son acte de création, et sa démarche. Il est l’un des peintres contemporains qui réussit à faire réfléchir un nombre chaque jour plus important d’hommes et de femmes grâce à sa présence quasi continuelle dans les musées et dans l’actualité.

Il s’est inspiré aussi bien de l’art africain que des classiques comme Velasquez, Le Greco ou Ingres. Travailleur infatigable, il ne plagiait pas, car en frottant à toutes les cultures et à tous les styles, il avait le souci permanent de réinventer l’art.

De ses conversations avec Georges Braque est né le cubisme ; il aurait pu s’arrêter là, mais bientôt il le dépassa dans un souci de créativité renouvelée et permanente. Si Jean Ferrat ne chantait pas pour tuer le temps, Picasso, lui, peignait, sculptait ou faisait de la céramique pour participer à la grande aventure de la transformation sociale.

Ses ‘’Demoiselles d’Avignon’’ plongent dans la pauvreté de la vie des femmes de rien, les prostituées, et son ‘’Guernica’’ et sa bande dessinée ‘’Songe et mensonge de Franco’’ dénoncent le fascisme, la guerre et la violence.

Picasso est mort depuis 50 ans déjà, qui peut le croire ?

Sale temps pour l’information

Benyamin Netanyahu voulait un ministre de la communication de combat pour tenter d’étouffer ses lourds déboires judiciaires. Il a trouvé l’énergumène miracle, Shlomo Karhi,qui, à peine nommé, a déclaré qu’il n’y avait « pas de place pour la radiodiffusion publique » en Israël. Il a ajouté : « Ce que je prévois de faire sur le marché des médias, grâce à ma vision économique libérale et à celle du Likoud, c’est d’éliminer les barrières, les réglementations et les facteurs qui nuisent au marché libre et à la concurrence ». Netanyahu était aux anges.

Karhi porte un lourd héritage religieux et radical : il est l’aîné d’une famille dix-sept frères et sœurs, élevé dans une colonie (moshav), puis dans des écoles juives traditionnalistes (yeshivah), avant ses études universitaires et une carrière politique au sein du Likoud. Il reste fidèle à un héritage qui lui fait dire qu’Israël est la plus grande démocratie du monde, où « les médias penchent trop à gauche », oubliant, au passage, que les principaux médias sont entre les mains de milliardaires, banquiers, pétroliers et affairistes, proches pour ne pas dire intimes de Netanyahu et du Likoud.

La situation en Israël n’est pas sans rappeler ce qui se passe en Hongrie, en Pologne, au Royaume-Uni et en France. Et dans de trop nombreux pays se réclamant de la démocratie la plus aboutie et la plus respectueuse du peuple. Sans honte d’être démentis.

Emmanuel Macron n’a-t-il par parlé de honte en évoquant le service public de radio et de télévision ? N’a-t-il pas boycotté France 2 à plusieurs reprises ? N’a-t-il pas supprimé la redevance et fermé France O ?

On peut ajouter qu’il n’est pas revenu sur la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer la publicité sur France Télévisions après 20h, sans compensation !

Netanyahu ne dit pas mieux !

Les ultra-libéraux se comportent partout de la même façon et exècrent les services publics de l’information au service de tous et non de leur caste, même quand ils ont verrouillé les hiérarchies. Ils utilisent les mêmes discours pour fustiger ceux qui veulent préserver un espace de liberté et tentent d’informer complètement.

Les plus beaux exemples, en France, sont fournis par Vincent Bolloré (qui dirige ‘’ses’’ médias par la terreur même quand il n’en est pas encore totalement le propriétaire, comme à Paris Match et au Journal du dimanche) ou par Bernard Arnault (qui doit affronter une rébellion des rédactions aux Echos et au Parisien).

Il faut y voir leur faiblesse à maintenir coûte que coûte un ultra-libéralisme économique en crise profonde ; leur autoritarisme les pousse à asservir l’information et à confier les médias à leurs meilleurs supporters, les affairistes financiarisés et mondialisés.

L’enjeu ‘’information’’ est de taille, car jamais la bataille des idées n’a été plus nécessaire pour émanciper les sociétés de cet ultra-libéralisme qui secrète la pauvreté comme le foie secrète la bile.

Pure imagination ?

Soyons rassurés, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, les violences policières ne sont qu’une méchante invention de l’ultragauche, peuplée de dangereux terroristes.

Gérald Darmanin est dans le déni absolu des agissements répréhensibles des forces de l’ordre ; et s’il a vu des débordements au cours des manifestations, il en rejette la faute sur le Conseil constitutionnel qui a censuré des articles de la loi du schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), liés à l’utilisation des drones par les policiers et aux interdictions de manifester.

Le premier flic de France aurait presque assuré, la main sur le cœur, que la technique de la nasse n’avait été imaginée que pour le bien des manifestants et les protéger des violences graves. Nous ne savons pas reconnaître les immenses mérites d’un ministre qui anticipe les troubles afin de ne pas avoir à les réprimer.

Quant aux exactions de la brigade motorisée, la Brav-M, il n’y a que les ‘’terroristes intellectuels’’ de la Ligue des droits de l’homme pour y voir un danger pour les libertés et un virage autoritaire du pouvoir.

Peu importe que des observateurs, depuis les Gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites et le rassemblement de Sainte-Soline dénonçant l’installation de ‘’mégabassines’’, aient recensé les innombrables victimes, gravement atteintes, par les balles de défense, les grenades de désencerclement, les gaz lacrymogènes ou plus simplement par les coups de matraques (les bidules), Gérald Darmanin nie tout : il n’y a pas d’évolution du maintien de l’ordre en France, pas d’atteintes aux libertés fondamentales, pas d’instrumentalisation des forces de l’ordre. 

Ce que prétendent la LDH, les syndicats et la gauche, c’est du n’importe quoi.

S’il a menacé de remettre en question les subventions publiques à cette association de défense des droits humains (comme seul avait osé le faire le régime de Vichy), il ne s’agit pas d’emprunter les idées du Rassemblement national, mais de priver de subsides d’Etat de potentiels terroristes.

Un doute très sérieux tourmente les citoyens épris des idéaux républicains et défenseurs de la devise inscrite au fronton des établissements publics. Quelle est l’origine de la logorrhée de Darmanin ? Serait-elle dictée par le président de la République lui-même, épris des idéaux de Paul Ricœur, ou émane-t-elle du seul cerveau diabolique du ministre de l’intérieur, ancien allié du président au Kärcher ? Y a-t-il dans les rangs des élus du parti présidentiel des humanistes épris de liberté ou n’y a-t-il que des rabâcheurs de la parole de Darmanin inquiets d’un supposé soulèvement de la plèbe ?

Rassurez-vous citoyens, la gouvernance par l’ordre et la peur ne dure jamais, ni n’ouvre nécessairement en grand la voie au Rassemblement national. Cependant, il y a une condition pour l’abréger, c’est de nous réunir comme l’ont fait tous les syndicats dans un bel état unitaire pour traduire en acte de vote le rejet des politiques d’un autre âge, anti-démocratiques incapables de répondre aux besoins de liberté et de sérénité d’un peuple excédé par les réformes antisociales.

Mort au travail

Le chantier du Grand Paris et, en particulier, les travaux sur les lignes de métro qui devraient favoriser les déplacements (lignes 14, 16 et 17) font peu de cas de la sécurité des ouvriers. Depuis février 2020 jusqu’à aujourd’hui, on déplore déjà la mort de cinq d’entre eux. Hélas !

Funeste coïncidence, le cinquième en date, un jeune homme de 22 ans, a été victime de la chute d’un bloc de béton à Gonesse, le jour même où le procès de la première victime en 2020, Maxime Wagner (37 ans, père de deux jeunes enfants de 9 et 2 ans à l’époque) s’ouvrait enfin à Créteil après deux reports en juin 2022 et décembre 2022.

Maxime Wagner était intérimaire ; est-ce une surprise quand les grands groupes du BTP (ici Vinci) ont érigé la sous-traitance et l’intérim (et le recours aux sans-papiers) en mode de gouvernance, pour le plus grand bonheur des actionnaires.

Le procès-verbal de l’inspection du travail a pu établir une liste de « manquements flagrants (de l’employeur) à ses obligations en matière de santé et de sécurité des salariés. » Il a notamment relevé les insuffisances du plan de sécurité et de protection de la santé.

L’avocat de la Fédération CGT de la construction, Christophe Bringer, a dénoncé à la barre « la mise en danger délibérée » de la victime et la Sécurité sociale a réfuté l’argument de la fatalité avancé par les prévenus du groupe Vinci.

La Caisse nationale d’assurance-maladie a déclaré à ce sujet : « On veut que la justice passe et qu’on arrête de nous dire que ces accidents relèvent de la fatalité. Tant qu’on ne cognera pas suffisamment sur les entreprises, elles continueront de s’affranchir des règles de sécurité ».

Elle semble avoir été entendue par le procureur de la République qui a demandé une peine « dissuasive » pour « éviter que la sécurité des travailleurs soit une variable d’ajustement pour les entreprises », requérant une amende de 250 000 euros contre la société et neuf mois de prison avec sursis pour ses représentants.

Pour les grands groupes du BTP, ces peines ne seront pas dissuasives, même si elles réhabilitent la mémoire des pauvres ouvriers décédés dans des conditions atroces sur leur chantier ; c’est tout leur modèle économique qui est en accusation. 

Les hommages du groupe aux victimes, ceux de Valérie Pécresse et du gouvernement qui rogne les moyens de l’inspection du travail, sont déplacés. Honte à eux qui créent les mêmes conditions de travail que sur les stades du Qatar et se rendent complices de la mort au travail.

Collision

Les chaînes d’information en continu hiérarchisent rarement l’information ; l’événement prime et s’impose en un flot continu au mépris du nécessaire recul et de la mise en perspective pour que le téléspectateur ne s’y perde pas dans la profusion des faits (on a pu parler d’obésité de l’information).

Les bandeaux défilants qui prennent place sur le bas de l’écran sont de la même veine que les comptes Twitter ; le nombre de signes y est tellement limité qu’il dénature la notion d’information, au risque parfois de provoquer des rapprochements dangereux.

Ainsi, hier sur franceinfo, un bandeau annonçait que les Etats-Unis avaient débloqué une nouvelle aide à l’Ukraine d’un montant de 2,6 milliards ; le bandeau suivant, lui, faisait état d’une suppression de 1500 emplois au comité international de la Croix Rouge (CICR), faute de fonds suffisants.

On peut en conclure que, si l’argent coule à flot pour la guerre, c’est au détriment des actions humanitaires. Mais le téléspectateur, lui, ne fera pas le rapprochement entre les deux informations ; il est happé par le rythme effréné de renouvellement des bandeaux. Il passera de la lecture de leurs quelques mots aux images-chocs dont ce type de chaînes raffole. Le temps de la réflexion est banni sur ces chaînes.

Les journalistes de la chaîne, pas plus mauvais que d’autres (notamment sur franceinfo), sont tellement obnubilés par la rapidité avec laquelle ils doivent réagir pour éviter d’être les derniers à relayer l’information, que, dans l’exemple cité, ils ne se sont pas rendus compte de l’énormité du rapprochement incongru des deux bandeaux.

C’est tout le processus de fabrication de l’information qui est ainsi mis en accusation.

Gouverner par le mensonge

Le gouvernement d’Elisabeth Borne obéit sans barguigner à Emmanuel Macron et se voit dans l’incapacité de justifier l’injustifiable de décisions iniques. Tout le monde ment au niveau de ce qu’on appelle l’exécutif, le président, la première ministre, les ministres et même les secrétaires d’Etat quand on les autorise à avoir un court moment de notoriété devant un micro.

Bref, le mensonge est l’un des ressorts d’un pouvoir à bout de souffle, mais surtout à court d’idées pour justifier des réformes, toutes baptisées de nécessaires et incontournables. On mesure la hauteur de l’argument à la longueur des deux adjectifs ! 

Les mensonges sont si gros que les citoyens sont de plus en plus nombreux à défiler en dénonçant les affabulations gouvernementales.

A ce jeu-là, c’est Gérald Darmanin qui a obtenu les meilleurs résultats avec ses mensonges quotidiens à propos de tout et, surtout, de l’attitude des policiers qui seraient des anges de douceur ; même ceux qui circulent sur des motos ou des quads en maniant des bidules (aujourd’hui des matraques) ne seraient là que pour protéger les manifestants des casseurs. Avec lui, les délinquants (casseurs, rebelles, révolutionnaires qui osent s’en prendre à l’ordre) sont partout et lui, en ministre de l’intérieur digne successeur des Frey, Foucher, Marcellin, Poniatowski, Bonnet, Pasqua, Sarkozy ou Valls, est contraint de déployer des flics partout. Sauf à Marseille, où les gangs de la drogue sévissent et tuent au grand jour.

Il y a aussi des mensonges qui se découvrent longtemps après avoir été prononcés. C’est ce qui vient d’arriver à l’ex-ministre de l’enseignement supérieur.

Sur CNews, la chaîne Bolloré qui relaie allègrement les mensonges, la ministre avait dénoncé les intellectuels islamo-gauchistes qui relaient ce qui « relève du militantisme et de l’opinion » à l’université. Elle prétendait vouloir faire la chasse au « wokisme » pour l’empêcher de se diffuser et avait, disait-elle, mandaté le CNRS pour mener une enquête.

Six enseignants-chercheurs avaient déposé un recours auprès du Conseil d’Etat pour réclamer l’annulation de l’enquête. Si les plaignants ont bien déposé un mémoire, le ministère a fini par avouer que Frédérique Vidal n’avaitt jamais mandaté le CNRS. Le recours des enseignants devenait dès lors irrecevable. Leurs avocats ont dénoncé « une totale irresponsabilité politique et juridique » et une opération de communication, contribuant à une « amplification des discours de haine ».

L’opération de communication était donc bâtie sur un (gros) mensonge. Un de plus, qui ne grandit pas les politiciens au pouvoir actuellement et, surtout, celui qui entendait gouverner autrement.

Paroles

Qui croit encore au retour du plein-emploi quand chaque jour on nous annonce des fermetures d’entreprises, de cessation d’activités de groupes entiers, ici et là dans l’Hexagone ?

Qui croit encore au retour du plein-emploi quand la dette du pays est abyssale, en raison d’un déficit commercial au plus haut ?

Qui croit encore au retour du plein-emploi quand les prix de l’énergie ne cessent d’augmenter et qu’EDF se voit contraint par l’Etat de vendre sa production à des concurrents à un prix très bas (42 euros le mégawatt/heure), inférieur à son coût de production ou d’achat sur le marché international, ceux-ci la revendant plus cher (dans les 500 euros) à leurs abonnés ?

Qui croit encore au retour du plein-emploi quand l’inflation est repartie à la hausse, contraignant les citoyens à rogner sur leur consommation alimentaire ?

Qui croit encore au plein-emploi quand le marché libre vanté par les gouvernements est entièrement entre les mains de fonds d’investissement ?

Qui croit encore au retour du plein-emploi quand on constate les dégâts provoqués par le monde libéral et la mondialisation ?

Qui croit encore au retour du plein-emploi quand les abus du capitalisme sont à ce point de non-retour en privatisant les services publics rentables ?

Face à un tel désastre, il est urgent de confier le pouvoir à ceux qui ont le souci exclusif de l’intérêt général et du service public, prêts à renationaliser les entreprises de production de l’énergie, les transports, la santé, etc.

Assurément, ces hommes-là qui devront mener à bien cette tâche gigantesque ne sont pas à l’Elysée, ni dans les ministères aujourd’hui.

S’ils nous font croire encore au plein-emploi, ce ne sont que des paroles. Des mensonges. Des fausses nouvelles.

Rêve et réalité

Frédéric Lordon, qu’on a connu mieux inspiré, s’est lancé dans un réquisitoire inutile dans le Monde diplomatique. Il fustige « la terrible illusion stratégique de l’intersyndicale qui pensait conduire un mouvement contre les intérêts de la bourgeoisie sous les vivats de la presse bourgeoise », en organisant « des manifestations de masse dont l’inanité est désormais avérée ». 

Pour le philosophe-économiste, qui sait pourtant être parfois brillant, la seule solution était un appel à une grève générale, en imaginant que les salariés y étaient tous prêts.

Frédéric Lordon, lui qui ne vote plus, peut encore rêver au grand soir, c’est son droit ; mais on pourrait lui conseiller d’arrêter de donner des leçons à une intersyndicale qui, pour la première fois depuis trop longtemps, affiche son unité. Le mouvement syndical est majeur et c’est à lui seul de déterminer les modes d’action revendicatifs et non à lui.

Peut-être la nouvelle secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, trouvera-t-elle quelques grâces à ses yeux. Cette jeune femme, brillante et déterminée, a prononcé quelques mots forts après sa désignation : « Nous ne lâcherons rien ; il n’y aura pas de trêve, pas de médiation, pas de suspension. »

Le pouvoir macroniste est, paraît-il inquiet, lui qui pensait encore pouvoir faire éclater le front intersyndical en s’attirant les sympathies (retrouvées) de la CFDT et en isolant une CGT présentée comme un dinosaure avec laquelle il est impossible de négocier.

Sophie Binet a donné d’avance un coup de jeune à une confédération de 128 ans, qui, dit encore Sophie Binet, « saura s’occuper de la fin du mois comme de la fin du monde. »

Le mouvement contre la réforme des retraites n’est pas essoufflé ; les syndicats sont encore à la manœuvre et déterminés à obtenir le retrait de la réforme des retraites. Sans attendre le renfort d’un Frédéric Lordon enfin converti à l’action de masse déterminée démocratiquement par les seuls salariés !

La France s’appauvrit. Vraiment ?

Etienne Wasmer, ancien enseignant en microéconomie à Sciences Po et, aujourd’hui, professeur à la New York University d’Abu Dhabi, a signé une étrange tribune dans Les Echos dans laquelle il constate que, « lentement mais sûrement, la société française s’appauvrit ».

L’économiste relaie des chiffres alarmants du FMI : le PIB par habitant aux Etats-Unis est désormais 80 % au-dessus de celui de la France et nous sommes 20 % plus pauvres en revenu par tête que l’Allemagne.

Etrange tribune en effet, car Etienne Wasmer fait ce terrible constat dans le quotidien de l’homme le plus riche du monde, Bernard Arnault !

Etrange tribune en effet, il y a longtemps que les Français ont constaté que leur pouvoir d’achat était en chute libre ; plus encore depuis quelques mois avec une inflation galopante qui touche, en premier lieu, les produits alimentaires de première nécessité.

Pendant le même temps, les dividendes et rachats d’actions au titre de l’année 2022 et les rachats d’actions annoncés pour 2023 sont deux fois plus élevées qu’en 2022. Les sommes colossales redistribuées aux actionnaires ne ruissellent pas ; les riches sont de plus en plus riches.

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, dans un moment d’égarement sans doute, affirme que les entreprises versant des dividendes doivent verser une meilleure rémunéraiton à leurs salariés, sauf que ces paroles ne sont suivies d’aucune mesure coercitive. Il a évoqué l’éventualité de créer un ‘’dividendes salarié’’. Il y a peu de chance de le voir adopté par Emmanuel Macron, tant celui-ci veille sur la bonne fortune des riches. Et, au fond, on s’en réjouira, car il s’agirait alors d’un revenu non soumis aux cotisations sociales. La répartition des richesses exigent d’autres mesures !

Alors que les économistes découvrent les inégalités et l’appauvrissement de la France, en pleine contestation sociale, ponctuée de grèves et de journées de manifestations monstres, on a appris que 160 enquêteurs du Parquet financier perquisitionnaient dans les locaux de cinq grandes banques françaises, BNP Paribas, Société Générale, Natixis, Exane et HSBC dans le cadre d’enquêtes sur des soupçons de fraude fiscale aggravée et de blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée.

Les banques auraient largement participé aux scandaleuses fraudes sur les dividendes appelées ‘’Cum-Cum’’ ; les dividendes sont versés à des banques étrangères domiciliées dans des pays ayant signé des conventions fiscales les exonérant de toutes les taxes. La convention France-Emirats arabes unis prévoit par exemple, que les dividendes français reçus par un émirati sont taxés à 0 %.

Les avocats des banques font remarquer que les pratiques sont légales et favorisées par des conventions signées par l’Etat. On comprend pourquoi le gouvernement et Macron sont étangement muets. Il s’agit bien d’un scandale d’Etat qui aurait coûté plusieurs milliards d’euros à la France.

Etrange mutisme de Bruno Le Maire qui n’a pas condamné cette pratique et encore moins décidé de réviser les conventions fiscales. Etrange mutisme d’Emmanuel Macron, bien plus rigide pour contraindre les Français à travailler plus longtemps.

Etienne Wasmer avait tout loisir dans sa tribune de dénoncer des pratiques qui, s’il y était mis fin, pourraient permettre de rendre les Français moins pauvres.

La France s’appauvrit, mais pas les riches !

Blanquer, le malfaisant

L’école est en crise permanente depuis trop longtemps. Mais, récemment, le ministre Jean-Michel Blanquer a rajouté de la crise à la crise. A tous les niveaux.

Les lycéens ont eu à essayer de franchir les obstacles d’un système, Parcoursup, qui introduit une ségrégation entre ceux qui sont scolarisés dans des établissements huppés et les autres, c’est-à-dire entre ceux qui ont eu la chance d’avoir des parents riches et avertis et ceux qui sont issus des quartiers populaires.

Les mêmes lycéens ont eu à subir la réforme de la scolarité avec les options. Aujourd’hui, ils ont découvert en passant les épreuves anticipées (récemment) que les épreuves d’une même option étaient différentes en fonction de leur date, celle-ci étant différente selon le rang choisi pour chacune d’elle.

Il est avéré que les épreuves d’un jour étaient plus difficiles que celles d’un autre jour. Pauvres lycéens criant à l’absurdité et au scandale.

La prochaine rentrée fera date dans l’histoire de l’éducation nationale avec un nombre record de fermetures de classes en primaire et de lycées professionnels. En même temps, le gouvernement annonce la création de nouvelles prisons. Victor Hugo revient, ils sont fous !

Enseignants et parents d’élèves dénoncent les choix effectués par les rectorats. Ces fermetures vont curieusement toucher en priorité les écoles situées dans les milieux défavorisés ! Les établissements privés (et payants) jubilent.

La part consacrée à l’éducation dans les dépenses publiques n’est que de 8,5 % en France contre 10,6 % dans les pays membres de l’OCDE et les salaires d’enseignants sont inférieurs de 19 % à la moyenne calculée par le même organisme. Macron reste étrangement muet sur le sujet. Il s’agit de son choix de société, celle de l’ultralibéralisme, où les riches ont accès aux meilleures écoles privées et les pauvres à un enseignement public à l’abandon.

L’école publique, gratuite et obligatoire, l’école républicaine héritage de la Révolution (L’Etat instructeur), commune à tous les enfants et les mettant à égalité de chance pour réussir dans la vie, est aujourd’hui dramatiquement remise en cause au profit d’une école privée sous contrat, c’est-à-dire subventionnée par l’Etat sans contrepartie en matière de mixité.

Les choix de Blanquer s’éclarent : il s’agissait pour lui de répondre aux souhaits d’Emmanuel Macron de renforcer une France à deux vitesses, celle des ‘’premiers de cordée’’et celle de ceux qui n’ont rien.

Aussi malfaisant que la réforme des retraites et grave pour l’avenir des enfants.

La démocratie en danger

La Ve République est née en 1958 d’un coup d’Etat pour installer un général, De Gaulle, au pouvoir. Si celui-ci n’était pas un dictateur comme le monde en a hélas trop connu, François Mitterrand avait pu remarquer dans son essai, Le coup d’Etat permanent (en 1964) que le gaullisme était devenu « De Gaulle plus la police ». Il dénonçait aussi bien la création du Service d’action civique (SAC) que les bavures policières, les tribunaux d’exception, le mépris pour le Parlement, etc.

Si François Mitterrand (François Hollande aussi) se garda bien de réformer la Ve République et sa Constitution, Emmanuel Macron use et abuse de toutes leurs dispositions les plus antidémocratiques pour ‘’réformer’’ le pays.

Dans une tribune dans le quotidien Les Echos (propriété de Bernard Arnault), Jean Peyrelevade, qui avait soutenu la création d’En Marche avant de s’en éloigner, fait le constat que « la démocratie française est en voie de rapide affaiblissement ».

Puis il note que « La plupart des acteurs importants de notre vie politique portent une lourde responsabilité dans cette évolution, ou plutôt dans cette sorte d’immobilisme idéologique depuis plus de deux siècles. Et d’abord le concepteur de la Constitution de la Ve République, le général de Gaulle. Il ne voulait pas d’une démocratie parlementaire, qu’il pensait vouée à l’impuissance. D’où l’affirmation de la primauté de l’exécutif, assumée sans fard. Le président de la République (et non pas le Parlement) nomme le Premier ministre. Il peut prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale. Et « l’ordre du jour des assemblées comporte, par priorité et dans l’ordre que le gouvernement a fixé, la discussion des projets de loi déposés par le gouvernement et des propositions de loi acceptées par lui ». En bref, le Parlement doit voter les lois qui lui sont présentées par l’exécutif. Là s’arrêtent ses pouvoirs. »

Le macronisme est devenu ‘’Macron plus la police’’ avec le retour des policiers motorisés (les ‘’voltigeurs de Pasqua sont devenus la Brav-M) ou des gendarmes sur des quads comme à Sainte-Soline, l’usage abusif du 49.3, le mépris pour les organisations syndicales, la répression et l’usage de la violence plicière, etc.

Le coup d’Etat permanent de Mitterrand a pris un coup de jeune et les dénonciations de la situation actuelles sont identiques à celles qui égratignaient De Gaulle. A une différence près (mais elle est de taille), Macron n’est pas De Gaulle. Il n’en est qu’une pâle copie.

Le pouvoir solitaire et vertical d’un seul homme interpelle les démocrates, jusque dans les rangs du parti godillot Renaissance.

La démocratie est en danger.

Volonté générale

Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle de 2017, a écrit un essai sous le titre ambitieux, Révolution. Il prétendait alors vouloir entamer « une grande transformation comme (la France) n’en a pas connu depuis l’invention de l’imprimerie et la Renaissance ». Le jeune homme affichait l’ambition d’un immodeste !

Face à l’ultra libéralisme (qu’il fustigeait), il précisait que son programme serait une « révolution démocratique ». Des mots, rien que des mots. Mais pas un mot pour les délaissés du libéralisme, c’est-à-dire les classes populaires, qui souffrent au quotidien.

Aujourd’hui, notamment dans son discours sur TF1 et France 2, les mots ont changé, Macron parle avec dédain de la foule, et qualifie ceux qui osent s’opposer à sa réforme des retraites de factieux. Le masque, s’il y en avait un, est vraiment tombé.

Le ‘’révolutionnaire’’ de 2017 n’était qu’un contre-révolutionnaire masqué, chargé par le patronat de détruire le contrat social hérité d’une période authentiquement révolutionnaire, la Libération, mettant en œuvre des mesures sociales inédites et puisées dans le programme du Conseil national de la Résistance (CNR).

Le pseudo-révolutionnaire de 2017 vient de s’illustrer en proférant des insultes envers le peuple et en méprisant à la fois le Parlement et les organisations syndicales.

Le président de plus en plus isolé tente de réécrire l’histoire et, en bon révisionniste, de biffer l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen débattue et adoptée par la Constituante les23, 24 et 26 août 1789 qui dit : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

La volonté générale s’est largement exprimée dans les manifestations. Rien ne peut s’opposer à elle. Pas même le président de la République.

L’ordre règne à TF1

Quand Emmanuel Macron prend la parole, c’est pour faire du Macron. Toujours arrogant et méprisant. Toujours satisfait de lui et autoritaire. Toujours en décalage avec le mouvement social. N’hésitant jamais à manier le mensonge et l’invective.

Son intervention sur TF1 et France 2 n’a pas été différente des précédentes.

On n’en attendait rien ; au final, il n’a rien dit qu’on ne sache déjà, sinon qu’il a déjà tourné la page, lui, de sa défaite à propos de la réforme des retraites.

Il a fixé l’agenda social au mépris de la réalité de sa politique ; un seul exemple, celui de la santé quand il feint d’ignorer que la fermeture des lits d’hôpitaux et de maternités se poursuivent.

A qui la faute si ce genre d’intervention présidentiel est tout sauf une interview de journalistes soucieux d’informer complètement les citoyens, posant les questions qu’ils attendent pour être éclairés ? A Macron, bien sûr, en premier lieu qui a convoqué les deux chaînes à l’Elysée, choisissant les journalistes. Mais aux journalistes aussi et surtout qui sont toujours d’une rare complaisance.

Julian Bugier a été égal à lui-même, c’est-à-dire lisse et sans aspérités, ne relevant aucun des mensonges ou des contradictions du président de la République. En revanche, Marie-Sophie Lacarrau a été d’une bêtise incommensurable. Elle a peu parlé et on s’en félicite, mais elle a réussi néanmoins à poser une question scandaleuse : « À quand un retour de l’ordre ? Les Français commencent à se lasser. » La représentante de la chaîne Bouygues n’a sans doute pas mesuré toute la portée de sa question.

De quel droit s’est-elle érigée en gardienne de l’ordre ? Elle est si transparente et ignorante que la question lui a sans doute été soufflée. Par qui ? Son directeur de rédaction ? La direction de la chaîne ?

Peu importe au fond ; en revanche, la question en dit long sur la façon d’aborder un conflit social et politique majeur sur la chaîne Bouygues !

Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, a été un grand journaliste ; au cours d’une interview sur son attitude envers les journalistes, il avait une réponse à méditer : « Les journalistes d’aujourd’hui ne savent pas écrire par eux-mêmes, tout ce qu’ils font c’est citer les autres. » Et tendre le micro ! Des journalistes qui pensent par la tête des autres.

Gabo était un grand journaliste, digne de ce nom…

Recours à la répression

Emmanuel Macron n’accepte pas la défaite politique ; avant même le vote de la motion de censure, il avait ordonné à son triste ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, de donner un tour répressif aux manifestations d’un mouvement social qui s’est opposé à son funeste projet de loi dans le calme et avec dignité. Les préfets ont aussitôt reçu des ordres du ministre, qui a repris les sales habitudes du préfet de Paris Lallemant.

La répression des manifestations a atteint un tel degré de férocité que le Syndicat de la magistrature a dénoncé la volonté de « bâillonner l’expression de la contestation en réprimant avec brutalité le mouvement social, né de l’impossibilité de faire entendre autrement une opposition pourtant massive. »

Le communiqué des magistrats a constaté que « ces mouvements trouvent pour réponses une restriction des libertés d’aller et venir, de réunion et d’expression, ainsi que la violence d’un maintien de l’ordre accompagné d’une répression policière destinée à dissuader par la peur les manifestant·es d’exprimer l’absence d’adhésion populaire à cette réforme. »

Les magistrats dénoncent « l’utilisation dévoyée de la garde à vue (…) qui illustre les dérives du maintien de l’ordre, qui détourne l’appareil judiciaire pour le mettre entièrement à son service. » En effet, sur 292 interpellations à Paris le 18 mars, 283 ont ainsi donné lieu à un classement sans suite.

Le Syndicat de la magistrature condamne fermement répression du mouvement social et violences policières illégales et ajoute : « Dans ce contexte inquiétant qui s’étend au-delà de la capitale et révèle une crise sociale d’ampleur, nous appelons le pouvoir exécutif, dans le strict respect de la séparation des pouvoirs, à laisser l’autorité judiciaire exercer son office de protection de la liberté individuelle, sans ingérence ni instrumentalisation. »

Cette brutalité de la répression est un acte de faiblesse du même niveau que le recours à l’article 49.3 de la Constitution. Elle est l’expression du caractère de plus en plus autoritaire d’un pouvoir qui a perdu la bataille des idées dans le pays et dévoile sa véritable nature au service d’un système à l’agonie.

Rogations

Les Gaulois organisaient des fêtes pour appeler la pluie ; les druides aussi s’adonnaient à une danse rituelle. L’Eglise catholique, elle, institua un jeûne et des processions au cours desquelles des litanies imploraient le ciel pour que les travaux des champs puissent bénéficier de pluie puis de temps clément pour les récoltes.

Aide-toi, le ciel t’aidera ! La foi était censée aider les paysans.

D’autres processions étaient organisées pour chasser la peste. La foi était solidement ancrée dans les esprits, si bien que les processions des Rogations n’ont pris fin que vers la fin du XIXe siècle.

Elles viennent de ressusciter à Perpignan à l’initiative d’un agriculteur catholique avec la bénédiction de l’évêché et du vicaire de la cathédrale Saint-Jean. Ils ont pu compter sur le soutien actif de l’adjoint chargé des relations avec l’évêché au sein du conseil municipal dirigé par Louis Aliot, ancien compagnon de Marine Le Pen et membre de la direction du Rassemblement national.

La procession, forte de quelques centaines d’agités du bocal, a trimbalé les reliques de saint Gaudéric jusque dans l’eau du fleuve Têt ; là, le curé a béni le territoire aux quatre coins cardinaux, concluant en affirmant : « On obtient de Dieu en proportion de ce qu’on espère. »

La vice-présidente de la région, a déploré à la fois cet appel au divin et la situation à Perpignan où « après le retour du blason de saint Jean sur les logos de la mairie, la multiplications des messes traditionalistes, Aliot se frotte les mains de ce genre de manifestations. »

Macron qui condamnait ceux qui voulaient vivre comme les Amish, peut se rassurer, le RN de Le Pen et les intégristes sont allés encore plus loin, en revenant aux Gaulois, aux druides et au Moyen-Âge.

Le retour à l’obscurantisme est inquiétant. Perpignan n’est ni un cas isolé, ni le dernier village gaulois !

Le coup de Biden

Joe Biden est un vieux renard de la politique ; c’est son côté clair. Mais, pour poursuivre dans la comparaison animalière, Joe Biden est surtout un méchant faucon ; c’est son côté sombre.

Joe Biden est fatigué ; on peut le constater sur chacune de ses images. Mais son entourage pense à sa place ; il faut se méfier de ses conseillers. Ceux-ci entretiennent le caractère belliciste de l’auto-déclaré ‘’gendarme du monde’’ et ils ont trouvé en Poutine un ‘’allié’’ de circonstance avec la guerre en Ukraine qui permet aux compagnies américaines d’écouler leur production d’armes, de gaz de schiste, etc.

Les Etats-Unis ont été accusé, à juste titre, de ne pas se soucier de l’avenir de la planète et de sacrifier l’environnement. Ils ont alors imaginé une loi qui doit reverdir leur politique industrielle ; baptisée Inflation Reduction Act, (IRA) elle consiste à offrir des aides massives aux entreprises qui s’engagent à produire sur le sol américain.

La futée Ursula von der Leyen, à qui Biden ne demandait rien, rédigea aussitôt un tweet tonitruant : « Je salue la signature de l’IRA ».

Ce tweet était plutôt malvenu, car il s’avère que l’IRA est une diabolique machine de guerre pour sauver l’industrie américaine en attirant les investisseurs étrangers avec des aides généreuses, un prix de l’énergie bien moindre qu’en Europe et autres avantages permettant de dégager des profits substantiels et des dividendes gargantuesques. La relance américaine n’a pas de prix, quand il faut sauver le libéralisme.

Le commissaire français de l’Union européenne, Thierry Breton, a en quelque sorte fait son mea culpa en déclarant : « Ce coup de Joe Biden, nous ne l’avons pas vu venir. »

Les atlantistes ont bonne mine en constatant amèrement que l’entourage de Biden démarche les entreprises européennes. Leur allégeance à Washington est telle qu’ils ont oublié qu’il faut se méfier de ses amis (et surtout de l’administration américaine) et qu’en politique, c’est chacun pour soi.

Joe Biden trottine, multiplie les gaffes, mais autour de lui l’Amérique veille à ses intérêts à court terme ! Sans en parler à son ami Emmanuel Macron ? Celui qui va relocaliser son pays n’est pas celui qui le claironnait, mais à ce diable de vieux président américain qui joue en solitaire !

Ce n’est pas un idiot !

Que peut-il y avoir dans la tête du président de la République ? 

‘’Sa’’ réforme des retraites est rejettée par la majorité des citoyens et, droit dans ses bottes, il persiste à l’imposer dans des conditions qui relèvent du déni démocratique.

Désavoué par l’Assemblée nationale, le texte de la loi non votée risque d’être frappé d’inconstitutionnalité. Il est également refusé dès la publication du projet par les citoyens et les organisations syndicales en raison de son manque de clarté, des mensonges réitérés du ministre du travail et des débats tronqués, mais aussi des inégalités qu’il porte en lui, notamment vis-à-vis des femmes.

Le recours à l’article 49.3 de la Constitution pour contourner le vote de rejet par les députés démontre que le gouvernement n’a plus aucune légitimité pour continuer à gouverner.

La situation est explosive. Elisabeth Borne a recommandé aux ministres de suspendre leurs déplacements dans les régions : « Celui qui se déplace aujourd’hui prend des tomates dans la figure » avancent les conseillers.

Le gouvernement ne contrôle plus rien. Il a dilapidé ses derniers crédits et il a peur du peuple !

Que peut-il y avoir dans la tête d’Emmanuel Macron ?

C’est vers Victor Hugo qu’il faut aller chercher la réponse à la question. Plus précisément dans son célèbre pamphlet ‘’Napolén le Petit’’, publié à Bruxelles (le père Hugo était en exil), dans lequel il écrit :

« Ce n’est pas un idiot. C’est un homme d’un autre temps que le nôtre. Il semble absurde et fou parce qu’il est dépareillé. Transportez-le au seizième siècle en Espagne, et Philippe II le reconnaîtra ; en Angleterre, et Henri VIII lui sourira ; en Italie, et César Borgia lui sautera au cou (…) Il y a en lui du moyen âge et du bas-empire. »

Macron, le naufrage !

En 1995, déjà, de nombreux intellectuels et chercheurs étaient intervenus dans le débat public en se portant aux côtés du mouvement social. Aussitôt, leur légitimité à s’engager avait été dénoncée par les penseurs llibéraux et les principaux médias, les accusant de conservatisme et de populisme, d’archaïsme, voire de gauchisme.

Aujourd’hui, on trouve une nouvelle génération d’intellectuels pour analyser le projet de loi portant réforme des retraites et dénoncer ses mensonges.

Le mouvement de refus de la réforme phare de Macron est tel dans le pays que les libéraux doivent admettre la légitimité des intellectuels progressistes et leur apport à l’argumentaire du mouvement social. L’économiste Michaël Zemmour fait néanmoins remarquer dans l’Humanité que « le fait marquant de la période me paraît être la force et la détermination de l’intersyndicale, ainsi que l’écho qu’elle rencontre parmi la population. Au passage, si les économistes critiques finissent par être entendus, c’est bien parce que le mouvement social modifie l’espace et le temps du débat public : depuis janvier et les premières mobilisations, on ne parle que de la réforme. »

Les intellectuels critiques ont analysé en profondeur le projet d’Emmanuel Macron en le replaçant dans son contexte socio-économique. Alain Supiot, juriste et spécialiste du travail, a dénoncé le ‘’prêt-à-penser’’ des libéraux qui, écrit-il, « peut être aussi néfaste à l’intelligence que le fast-food à la santé ». Dans une longue tribune publiée dans Le Monde la formule de George Stigler de ‘’capture de la réglementation’’ « par de puissants groupes d’intérêts privés. Capture normative dont l’Union européenne est devenue, on le sait, l’un des plus hauts lieux, car son ‘’déficit démocratique’’ y laisse libre cours aux lobbys économiques. »

Pour Alain Supiot, « la démocratie est menacée lorsque la connaissance de la société est confisquée par les experts », et, dans la foulée, il dénonce « les insuffisances de la représentation parlementaire » et « la réduction des syndicats à l’impuissance » : « Dans l’imaginaire politique contemporain, l’usine est devenue une start-up, où les syndicats paraissent aussi incongrus que des courroies de transmission. S’est ainsi perdue la conscience qu’un gouvernement efficace doit se tenir informé des aspirations des ‘’larges masses’’. Ces masses sont jugées ignorantes et leurs syndicats inutiles par des dirigeants sûrs d’incarner la raison économique. » C’est à ce titre que le président de la République a refusé de recevoir les secrétaires généraux des organisations syndicales.

Emmanuel Macron a largement épousé les théories des penseurs les plus libéraux et s’est même érigé en gardien du dogme d’un pouvoir outrageusement vertical et donc autoritaire. Non sans risque. Quand Alain Supiot constate que « celui qui prétendrait gouverner ‘’en même temps’’ à bâbord et à tribord en ignorant les alertes de la vigie pourrait échapper un jour au naufrage… », Samuel Hayat, chercheur en sciences politiques, dénonce dans Télérama, un grave problème démocratique : « car en niant l’existence de cette contestation, le gouvernement nie l’existence même du peuple. »

Aujourd’hui, comme en 1995, le président de la République et son gouvernement sont totalement discrédités auprès des citoyens. Ils ont perdu la bataille de l’opinion et la bataille parlementaire en ayant recours à l’article 49.3 de la Constitution. C’est le peuple qui a désormais la capacité de refuser la réforme des retraites et les moyens de demander des comptes à un Emmanuel Macron au bord du naufrage, comme l’écrit Alain Supiot.

On assistera sans doute dans les prochains jours à des recompositions, y compris au sein de la droite. Les syndicats, relégitimés, doivent se saisir de la situation pour mettre en échec la destruction systématique des acquis sociaux et même, avec les intellectuels, à initier un nouvel espace social, en France et en Europe, dans l’unité.

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