La Chouette qui hioque

Auteur/autrice : Michel (Page 30 of 83)

L’Europe, l’Europe, l’Europe !

La Commission européenne a donc approuvé, conformément aux règles de l’Union européenne sur les fusions et acquisitions, le projet d’achat de Lagardère par Vivendi. La décision n’a surpris personne. Les règles sont conformes au dogme ultra-libéral, comme je le mentionnais hier, ici même.

La Commission européenne n’invente rien ; ses règles ont été peaufinées tout au long des traités signés par les chefs d’Etat ou de gouvernement, souvent contre l’avis des citoyens et de leur vote.

Les pays de l’Union européenne se sont largement inspirés des règles du pays du libéralisme triomphant et sans entrave, les Etats-Unis ; mais, sous la pression des grands groupes industriels et grâce à un climat politique favorable, ils sont allés plus loin, beaucoup plus loin, dans la déréglementation économique et sociale.

Hier, la Federal Trade Commission (FTC) a demandé à un tribunal fédéral de San Francisco de suspendre le rachat par Microsoft d’Activision Blizzard, le troisième acteur mondial de jeux vidéo (pour environ 64 milliards d’euros !).

La FTC a estimé que, en contrôlant les contenus d’Activision, Microsoft pourrait, et aurait intérêt à retenir ces contenus pour ses seules plateformes, ou à en diminuer la qualité d’une façon qui affaiblirait la concurrence, y compris en matière de qualité, de prix et d’innovation.

Problème, la Commission européenne avait approuvé l’opération de rachat de Microsoft le 15 mai dernier, au prétexte que le développement de la technologie développée par Microsoft, (le cloud gaming qui permet de jouer en ligne depuis tous les terminaux mobiles ou non, téléphone, console, ordinateur, tablette ou télévision) sera ainsi stimulée.

L’argument de la technologie innovante a beaucoup servi dans la construction européenne ; elle sert encore, même si elle est éculée. En revanche, les effets des concentrations sont minimisés. Dangereusement.

Autre exemple, la justice américaine avait bloqué la mégafusion dans l’édition, la prise de contrôle de Simon & Schuster par Penguin Random House (groupe Bertelsmann) au nom des lois antitrust. La Commission européenne, elle, a autorisé Bolloré à reprendre Lagardère (et le troisième éditeur mondial Hachette), décision contraire aux intérêts des auteurs, malgré l’injonction de se séparer d’Editis.

Au jeu de qui est le plus libéral, la Commission européenne est sans adversaire ! 

Commission européenne et Bolloré, même Croisade

Comment peut-on dire et écrire que « la Commission européenne a donc approuvé, conformément aux règles de l’Union européenne sur les fusions et acquisitions, le projet d’achat de Lagardère par Vivendi » (ActuaLitté) ? Ou encore (dans Le Monde) que « les rêves de grandeur de Bolloré (sont) envolés », au prétexte qu’il est dans l’obligation de céder Editis et le magazine Gala ?

Les règles de l’Union européenne sont étrangement permissives ; on le savait : elles ont été établies pour ne pas entraver les lois du marché où la concurrence doit être libre et non faussée. Affirmer que la décision de Bruxelles interrompt les rêves de grandeur du milliardaire breton est une ineptie : Hachette est troisième éditeur mondial de livres, présent sur tous les continents ; son chiffre d’affaires est de trois fois celui d’Editis, présent seulement en France. Bolloré n’a donc rien abdiqué de son rêve de grandeur et on ne l’a pas entendu parler de sacrifice.

Curieusement, la Commission ne s’oppose pas à la prise de contrôle d’Hachette, mais ordonne de céder le magazine Gala, au prétexte qu’il entraînerait un risque de monopole dans le secteur de la presse ‘’people’’, alors que Bolloré fait peser de lourdes menaces sur l’ensemble des productions de l’esprit : édition, télévision, radio, presse écrite, publicité, culture, etc.

‘’Conformément aux règles de l’Union européenne’’, toute la politique du vieux continent est contenue dans cette formule ! Elle confirme que rien ne s’oppose aux concentrations et fusions à quelques détails près ; elle les encourage.

Vincent Bolloré peut posséder le troisième éditeur mondial de livres, des chaînes de télévision, des radios, la première agence de publicité et de communication, Havas, des studios de production et de distribution de contenus audiovisuels et de musique, des jeux vidéo, des salles de spectacle et une société de billetterie, des sociétés de production de festivals, des titres de presse magazine, etc. Bref, Bolloré a pu constituer un incroyable empire médiatique sans entrave ; la Commission européenne le permet, même si tout le nouveau groupe Vivendi-Lagardère fait peser des menaces sur la liberté d’expression, la liberté de création et sur la culture. Son patron peut poursuivre sa Croisade réactionnaire et censurer ceux dont il considère qu’ils contreviennent aux valeurs chrétiennes et traditionnelles. Vincent Bolloré est le meilleur défenseur de l’Occident chrétien, un traditionnaliste pure eau bénite.

On ne peut pas trouver de référence à la culture, agitatrice d’idées, élevant le citoyen et aiguisant sa capacité de réflexion et de prise de conscience politique, dans les déclarations de Bolloré ; son empire ne sera jamais au service des créateurs et du public, mais de ses seuls intérêts financiers et moraux.

Vivendi (Vivendi Village) pourrait-il aujourd’hui programmer Richard II de Shakespeare dans son théâtre de L’œuvre comme Jean Vilar l’avait fait à Avignon quand cette pièce interroge l’exercice du pouvoir corrompu et déconnecté du peuple ?

Vivendi (Editis) pourrait-il éditer la collection Tracts de Gallimard quand il obtient le départ de Sophie de Closets pour avoir osé publier ‘’Les fossoyeurs’’ sur le scandale des Ehpad de Victor Castanet chez Fayard ?

Vivendi (Canal+) pourrait-il accueillir sur ses chaînes de télévision et ses radios, mais aussi programmer à l’Olympia les chansons de Ferrat, Ferré et d’autres chanteurs dits engagés ?

Vivendi (Studio Canal) pourrait-il produire des émissions comme Cash Investigation ou les films de Justine Triet ? 

Vivendi (CNews) pourrait-il accepter d’interroger les représentants politiques les plus progressistes quand il multiplie les retransmissions de messes dites par les plus intégristes de l’Eglise catholique sur ses chaînes ?

Bolloré a marqué ses préférences : pour le divertissement le plus grossier, pour les tribunes offertes sans entraves à Hanouna (pour la grossièreté) ou à Aymeric Pourbaix (pour les valeurs chrétiennes). Au moment où les plateformes américaines, les GAFAM et autres Netflix, font peser un danger pour imposer une autre façon de ‘’consommer’’ information et divertissement, Bolloré se rapproche d’elles pour participer au partage des bénéfices de l’impérialisme des industries du numérique en s’alignant sur les mêmes choix éditoriaux et les mêmes processus de fabrication des contenus. Bruxelles et Paris, soucieuses de préserver l’ultra-libéralisme, participent de cette offensive contre la culture et l’information et contre la liberté d’expression et d’information des peuples.

Jamais culture et information n’avaient été autant confisquées depuis la fin de la Seconde guerre mondiale par la caste des ultra-riches, qui ont remis en cause toutes les structures technologiques et industrielles pour imposer de nouvelles normes. 

On peut considérer la Commission européenne comme un allié objectif de tous les Bolloré. Elle se contente de se conformer à des règles obsolètes qui ne prennent pas en compte le mouvement de concentration en cours, où des milliardaires prennent le contrôle de tout ce qui touche aux affaires de l’esprit et de la conscience humaine et citoyenne. La politique ultra-libérale de Bruxelles est l’ennemi de la culture et de la démocratie et Bolloré son chevalier servant.

Si le rapport de force est aujourd’hui clairement du côté des GAFAM, Netflix et Bolloré, celui-ci n’est pas immuable et c’est lui qu’il s’agit de faire basculer du côté des citoyens.

Faire taire Hanouna et Bolloré

Cyril Hanouna est vulgaire, d’une bêtise abyssale, mais il plaît à son patron, Vincent Bolloré. Tant qu’il fait le pitre (pitoyable) pour relayer les thèses complotistes, homophobes et racistes. Tout est pardonné, Bolloré a un confesseur pour qui Hanouna est du pain béni pour transmettre avec un culot monstre les ‘’valeurs chrétiennes’’ de la France éternelle !

Hanouna, donc, a été embauché pour ses outrances tombant sous le coup de la loi avec un contrat digne des plus grands artistes et il le rend bien à celui qui le paie grassement. Il est le fou du roi à la sauce bretonne. Mariage d’intérêt ignoble.

L’ARCOM multiplie les amendes et s’en tient là. Hanouna en fait une arme et un accélérateur d’audience. Leur montant est si dérisoire que Bolloré en rit ; le bénéfice qu’il tire de la médiatisation de son protégé est aussitôt décuplé !

L’ARCOM aux ordres de Macron ne prendra jamais de mesures contre celui qui prétend défendre la liberté d’expression et le pluralisme. Trop risqué pour le président vertical, mais qui, comme la tour de Pise, penche à droite. Le Breton, dur comme le granit, est de plus en plus assuré d’être intouchable, surtout après la décision de la Commission européenne d’autoriser l’OPA de Vivendi sur le groupe Lagardère. Bolloré, patron du troisième éditeur mondial avec la prise de contrôle d’Hachette, de chaînes de télévision, de magazines et de médias d’influence, s’est créé un empire pour mener sa Croisade chrétienne et réactionnaire contre la tolérance, l’amitié entre les humains quelle que soit leur origine et leur couleur de peau, et le progrès social.

Avec Bolloré, Marine Le Pen a trouvé le meilleur allié pour instiller dans les esprits des citoyens ses thèses dangereuses.

Macron, députés, sénateurs, membres de l’ARCOM, Commission européenne, tous ensemble, portent une lourde responsabilité pour aujourd’hui et pour l’avenir.

Relever le défi de faire taire Hanouna et de faire reculer les censures de Bolloré ? Il ne faut plus attendre.

L’adversaire du progrès social

Denis Kessler vient de décéder. Comme d’habitude on salue, surtout à droite, le grand patron de SCOR, le rénovateur du MEDEF, l’organisateur de l’université d’été du patronat et l’artisan de la ‘’refondation sociale’’ ; bref, il est couvert de louanges.

Sauf dans les (vrais) milieux syndicalistes. Cet ami de Nicole Notat n’hésitait pas à avouer à la sortie d’une ces universités d’été du MEDEF : « C’est gagné. Nous avons réussi à porter et à faire vivre le débat sur le rôle de l’entreprise et de l’Etat. Désormais, c’est par rapport à nos thèses que chacun se détermine. »

C’était un Croisé, digne de la droite la plus réactionnaire. Ce farouche partisan du marché et de la ‘’concurrence libre et non faussée’’ ne se cachait pas et affichait hardiment ses ‘’missions’’. En 2007, dans Challenges, il déclarait :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Il disparaît, sa mission quasiment accomplie, même s’il reste encore des acquis sociaux à défaire et auxquels Emmanuel Macron s’est attaqué.

Les ‘’vrais’’ syndicalistes ne lui rendront pas hommage.

Avis d’orages sur le service public de l’audiovisuel

La guerre est déclarée contre l’audiovisuel public. Hier sournoise, aujourd’hui la grosse artillerie est sortie. Emmanuel Macron qui a toujours eu un discours belliciste, a reçu désormais le renfort de toutes les sensibilités de la droite, sur un fond de magouille politicienne.

Les deux groupes Républicains et Renaissance se sont partagés la tâche pour rédiger le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’avenir de l’audiovisuel public. Les conclusions et le projet de loi sont une attaque en règle contre le service public.

Quand les propositions des deux députés répondent aux demandes de l’Association des chaînes privées (ACP) qui regroupent TF1, M6, Canal+, Altice, BFMTV et RMC, il n’y a aucun hasard. Et le président de la République y prête une attention très particulière. L’entente entre les patrons des chaînes privées et l’Elysée est parfaitement cordiale !

Quand les deux groupes Républicains et Renaissance font cause commune pour réduire le service public de l’audiovisuel, il s’agit d’une nouvelle manifestation du rapprochement accéléré des droites sur un ensemble de dossiers, notamment sur l’immigration, avec, en perspective, une alliance de plus grande ampleur. Gérald Darmanin en avait rêvé, les députés la lui offrent sur un plateau.

L’ARCOM, pour étoffer un dossier mal ficelé, a apporté sa pierre en dénonçant certains manquements dans les programmes de France Télévisions, spectacles vivants, diversité en matière de fiction française et « cannibalisation éditoriale » !

Le service public n’est pas exempt de critiques, mais en l’affaiblissant, il s’agit pour les uns et pour les autres de favoriser le privé, c’est-à-dire les grands groupes, et de limiter son offre éditoriale, notamment dans le domaine de l’information.

Ceux qui ont déclaré la guerre au service public préparent l’accroissement de l’asservissement des citoyens, le privé vendant du temps de cerveau disponible aux chaînes comme TF1 et à leurs annonceurs et offrant des spectacles de divertissement aussitôt oubliés, dénués de toute invitation à la réflexion sur la marche du monde.

Le danger est là ! Le projet de loi est prêt, à la veille des vacances. La manœuvre est grossière comme celle qui a empêché les députés de voter la loi sur la réforme des retraites.

Radio France a pris les devants et censure à tour de bras. Après Charline Vanhoenecker et l’impertinence de son équipe, c’est l’information sur France Culture et France Musique qui est victime d’une reprise en main.

Le journal de 22 heures de France Culture et les journaux et flashs d’information de France Musique disparaissent de la grille.

Les salariés de France Musique, atterrés, y voient une volonté de faire taire une rédaction qui « apportait une couverture particulière de la crise de la culture » et ceux de France Culture ont du mal à accepter les arguments de la direction qui prétend vouloir renforcer la singularité éditoriale de la chaîne.

Macron nous rejoue « Main basse sur l’information » !

Luca di Fulvio

On peut être étonné du quasi silence des médias à propos de la disparition de Luca di Fulvio. Comment ignorer un écrivain de cette dimension, dont les quelques livres ont connu de véritables succès (pour ne pas employer l’affreuse locution best-seller).

Le gang des rêves (qui l’a fait connaître, mais avec retard), Le soleil des rebelles, Les prisonniers de la liberté, Les enfants de Venise, Mamma Roma, une fois ouverts, ces œuvres majeures enthousiasmaient les lecteurs au point de ne plus les fermer avant d’avoir terminé leur lecture.

L’écriture de di Fulvio est fluide et ses personnages sont décrits avec la passion d’un entomologiste. Ses personnages sont d’ailleurs des migrants et si les sujets sont historiques, c’est pour mieux nous parler de notre monde d’aujourd’hui.

Luca di Fulvio n’écrit pas des romans historiques, mais il nous plonge dans un univers où ses personnages cherchent un ailleurs pour fuir un quotidien de misère ; le roman social n’est jamais loin.

Il répétait à l’envi, « je trouve d’abord mes personnages, vivants et indépendants, qui veulent suivre leur propre chemin, et ce n’est qu’ensuite que je choisis la période historique qui représente le mieux leurs ambitions, leurs projets et leurs rêves. En bref, l’Histoire est le plateau de tournage où je fais se dérouler la vie et non l’inverse. L’Histoire est un arrière-plan. Elle compte moins que le parcours de mes personnages. Ils sont aux commandes. »

Roman social plutôt que roman historique, car les personnages de Luca di Fulvio luttent et se heurtent au système économique et politique ; en permanence pour vivre dans un autre monde, plus humain.

Luca di Fulvio est mort, sans bruit, à 66 ans ; il laisse une œuvre majeure de la littérature. Qu’on peut toujours reprendre, avec la même ferveur.

Vivent les femmes !

C’est la fête des mères et, avant toute chose, il faut tordre le cou à une idée fausse.

Non, l’odieux maréchal Pétain n’est pas à l’origine de la fête des mères. On trouve déjà des cérémonies en l’honneur des femmes dès l’Antiquité en Grèce (en l’honneur de Rhéa, la mère des dieux) et à Rome (la fête des matrones).

Plus près, les Anglais fêtaient le Mothering Sunday et aux Etats-Unis, on célébrait le Mother’s Day. En France, c’est le gouvernement d’Aristide Briand qui décréta dès 1926 la Journée des familles nombreuses. Le collabo Pétain, lui, s’empara de cet hommage aux mères pour célébrer la famille et faire de la femme le symbole de sa politique réactionnaire où, dans un régime patriarcal, elle n’avait d’autre fonction que d’être génitrice, recluse au foyer en élevant ses enfants, astreinte à toutes les tâches matérielles et soumise à son mari.

Quand la France replonge dans la réaction et ne reconnaît toujours pas l’égalité des deux sexes, il n’est guère étonnant que la fête des mères retrouve ces relents nauséabonds. Sans parler des retombées commerciales.

La fête des mères est trop liée à la réaction pour perdurer, au moment où le mouvement pour l’égalité femme/homme prend, heureusement, de l’ampleur et gagne de nouveaux droits. La femme mérite mieux qu’une simple fête des mères quand l’émancipation reste un discours de circonstances pour le pouvoir et le patronat, unis comme jamais pour reporter à demain l’égalité salariale et la reconnaissance de tous les droits les plus élémentaires dans la vie de la cité.

Je terminerai ce billet par un extrait du Fou d’Elsa, d’Aragon, dédié à Elsa Triolet :

L’avenir de l’homme est la femme

Elle est la couleur de son âme

Elle est sa rumeur et son bruit

Et sans elle il n’est qu’un blasphème

Il n’est qu’un noyau sans le fruit

Sa bouche souffle un vent sauvage

Sa vie appartient aux ravages

Et sa propre main le détruit

Je vous dis que l’homme est né pour 

La femme et né pour l’amour

Tout du monde ancien va changer

D’abord la vie et puis la mort

Et toutes choses partagées

Le pain blanc les baisers qui saignent

On verra le couple et son règne

Neiger comme les orangers

Le poète a toujours raison qui voit plus loin que l’horizon, chantait Jean Ferrat. Ô combien il avait raison !

La culture en dansant

Décidément Guyancourt !

Dans l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, la commune innove vraiment, au-delà du slogan seriné par certains. Elle accueille de nombreux artistes en résidence et elle les associe à ses habitants dans des ateliers.

Cette année, pour la première fois, elle a associé des chorégraphes, la compagnie Chriki’Z d’Amine Boussa et Jeanne Azoulay, à son agenda ; le contrat prévoyait une création. Défi relevé et défi réussi avec – – Volt-S (abrégé de Révoltes, bien sûr).

Amine Boussa a réuni une quinzaine d’habitants de tous âges pour, à partir du livre de l’auteur égyptien Alâa El Aswani, J’ai couru vers le Nil, ‘’inventer’’ un authentique spectacle chorégraphique, sans tabou, juste une imagination débordante, de la mise d’idées en commun, de recherches gestuelles et musicales. Avec une exigence stricte : se rapprocher le plus près possible des critères professionnels tout en cocréant, par un travail véritablement collectif fait de répétitions, de remises en cause et de beaucoup d’enthousiasme au moment de présenter fièrement un vrai spectacle.

Les participants ont rendu une copie excellente, loin des fêtes de patronage d’hier. Originale et communicative, inspirée du livre mais aussi des révoltes populaires des Printemps arabes.

Les participants ont ‘’découvert’’ l’acte de création, certes, mais aussi les exigences physiques, la rigueur du travail artistique en commun.

Amine Boussa, en pédagogue d’exception, a réussi, en un temps relativement court, à insuffler une attitude artistique à des néophytes (certaines et certains n’avaient jamais côtoyé la danse), eux-mêmes étonnés du résultat de leur création et découvrant des dispositions inhibées jusque-là.

La culture, c’est aussi se rapprocher des artistes et de leur acte de création pour en découvrir toutes les dimensions d’un travail quotidien, les tâtonnements, les remises en cause, la recherche constante et le professionnalisme. Guyancourt l’a fait.

L’argent des autres

La crise du logement ne permet plus aux jeunes et aux pauvres de se poser dans un habitat agréable pour vivre dignement. Pressé de toutes parts, le gouvernement a lancé un plan national, dit Action Cœur de Ville, pour « améliorer les conditions de vie des habitants des villes moyennes ».

La Caisse des Dépôts et Consignations a été mise à contribution pour racheter 17 000 logements en vue de les transformer en logements sociaux. Coût pour la CDC : 3,5 milliards d’euros !

Aujourd’hui, cette contribution se révèle insuffisante pour faire face à la demande et l’Etat vient d’avouer que l’organisme collecteur de la participation des employeurs, Action Logement, géré par le patronat et les syndicats, sera ponctionné pour répondre à l’effort national. Sauf que les fonds prélevés sur Action Logement, un salaire différé et socialisé, manqueront cruellement aux salariés auquel il versait des aides.

La direction d’Action Logement dénonce cette politique du gouvernement qui se permet de se servir dans la caisse d’un organisme paritaire pour éviter de puiser dans le budget. Elle rappelle que l’Etat a déjà prélevé 300 Millions d’euros dans la loi de finances pour 2023, privant ainsi 25 000 salariés des aides auxquels ils pouvaient prétendre.

En matière de logement, comme dans d’autres domaines, il s’agit d’une politique de gribouille, à courte vue. Elle est scandaleuse, les fonds d’Action Logement n’appartiennent pas à l’Etat.

Il s’agit d’un détournement.

Quand l’Etat finance sa politique en faisant la poche des salariés !

La ploutocratie de Macron

Les manœuvres autour du projet de loi déposée par le groupe LIOT pose clairement la question centrale du pouvoir aujourd’hui en France. Qui le détient aujourd’hui quand les députés sont dépouillés de leur prérogative de voter les lois.

La démocratie, c’est-à-dire le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, est foulée aux pieds par une minorité sans vergogne et un président de la République qui fait un usage d’autant plus immodéré de son pouvoir vertical que ses décisions font l’objet d’une contestation grandissante.

Emmanuel Macron est le capitaine d’un bateau ivre, une France surendettée et qui voit les taux financiers menacer les engagements pris à Bruxelles de réduire le déficit d’un pays qui peine à se ré-industrialiser, malgré les quelques inaugurations tonitruantes et grandioses.

Il manipule la Constitution et prend des décisons incompréhensibles aux yeux du peuple, mais toutes orientées vers l’augmentation des profits des grands groupes industriels et financiers. 

Il tance celle qu’il a nommée à Matignon pour, ensuite, lui réitérer sa confiance ; il laisse quelques chevau-légers, Darmanin et Attal, donner l’assaut aux principes démocratiques et humanistes, au risque d’exacerber les tensions sociales.

Quand Elisabeth Borne rappelle que le Rassemblement national est bien l’héritier du pétainisme, un fait avéré, Emmanuel Macron vole au secours de Marine Le Pen. Prétendre combattre ce parti sur le terrain de la compétence n’empêche pas de rappeler son histoire et la véritable nature de ses dirigeants.

Il manipule la commission d’enquête parlementaire sur les liens entre le président de la République avec la plateforme Uber. Un député, Benjamin Haddad, membre du parti présidentiel et atlantiste invétéré, y met fin dès que le soutien indéfectible et de longue date d’Emmanuel Macron avec la firme américaine est sur le point d’être révélé.

L’évasion fiscale atteint des niveaux records, se chiffrant en dizaines, voire des centaines de milliards, et mettant en cause tous les grands groupes. Le président invite le ministre des comptes publics à annoncer sa volonté de s’attaquer à la fraude sociale en fusionnant carte d’identité et carte d’identité. Mesure ridicule quand des rapports apportent la preuve irréfutable que la fraude sociale est une goutte d’eau (même si elle est condamnable) quand un tiers des foyers éligibles au RSA, les plus vulnérables, n’y ont pas recours.

La droite réactionnaire et décomplexée, de Ciotti à Le Pen en passant par Zemmour, agite les spectres éculés des peurs ancestrales et injustifiées envers ceux qui ne sont pas des mâles blancs. Elle déverse sa haine envers les immigrés et les individus ‘’différents’’ et, aussitôt, Gérald Darmanin prépare une nouvelle loi pour attiser l’aversion d’époque, comme la qualifie François Cusset.

Emmanuel Macron a usurpé un pouvoir qu’il ne tient qu’au vote contre la peur du fascisme ripoliné. Il multiplie les ennemis pour justifier sa politique de classe, au profit du ‘’marché’’ économique et financier dont il est le plus sûr garant. Ce marché nous échappe en s’arc-boutant à ses privilèges quand la majorité de peuple souhaite le subordonner à l’intérêt général en le régulant.

Macron est le gérant consentant d’une ploutocratie mondialisée.

Estomaquée et culottée !

Rima Abdul-Malak a été estomaquée, dit-elle, par l’intervention de Justine Triet à Cannes. Elle y a vu « clairement un fond idéologique d’extrême gauche ».

D’autres voix de la droite rance se sont jointes à la sienne, comme celle d’Eric Woerth qui a cru intelligent de faire un bon mot en parlant d’anatomie d’un naufrage. Le sous-ministre de l’industrie, Roland Lescure, n’a pas été plus brillant en invoquant une anatomie de l’ingratitude (qu’en pense son frère, Pierre, président du Festival de 2014 à 2022 ?).

La palme de l’indécence revient néanmoins à un élu Renaissance (la clique à Macron), Guillaume Kasbarian, qui a appelé à « arrêter de distribuer autant d’aides à ceux qui n’ont aucune conscience de ce qu’ils coûtent aux contribuables », fustigeant une réalisatrice aussi talentueuse que Justine Triet, porte-drapeau d’un « petit microcosme biberonné aux aides publiques ».

Ces saillies ne grandissent pas leurs auteurs !

La ministre de la culture de Macron, elle, est culottée. Elle a été conseillère culture à l’Elysée de décembre 2019 à sa nomination à la rue de Valois en mai 2022. A ce titre, elle a dû étudier (on l’espère) le rapport Boutonnat sur le financement privé de la production et la distribution cinématographiques et audiovisuelles remis en décembre 2018 à Roselyne Bachelot. En revanche, il est avéré qu’elle ne s’est pas opposée à la reconduction de son auteur à la tête du CNC en 2022 !

Mme Abdul-Malak a oublié que Boutonnat, gestionnaire de fonds d’investissement et soutien financier de la campagne de Macron, dénonçait dans son rapport un système qui encouragerait la production de trop de films avec un taux de réussite en termes d’entrées ou en termes de profitabilité trop faible. Il préconisait également d’accélérer la concentration de la filière, en encourageant la création de grands groupes opérant sur tous les échelons de la production, distribution, voire exploitation, en partant d’un meilleur financement privé des sociétés de production, possible par une meilleure opportunité de générer des dividendes pour les actionnaires. Ceci serait rendu possible par une maitrise des coûts, mais aussi par la constitution de catalogues gérés par le producteur comme il l’entend, avec une chronologie d’exploitation à peine régulée, et où la sortie en salle pourrait être éliminée. Pour Boutonnat, le modèle qui a réussi à faire du cinéma français le premier en Europe, basé sur la valorisation de l’œuvre, est considéré comme dépassé, devant être remplacé par un soutien à un producteur de catalogue, censé être plus attractif aux investisseurs car moins risqué.

Le rapport Boutonnat n’était donc qu’un brûlot destiné à justifier une nouvelle politique, libérale, en matière de cinéma et d’audiovisuel.

L’intervention de Justine Triet avait tout pour contrarier la politique de Macron et de Rima Abdul-Malak ; cependant elle visait juste en déclarant : « Ce prix, je le dédie à toutes les jeunes réalisatrices et à tous les jeunes réalisateurs, et même à ceux qui aujourd’hui n’arrivent pas à tourner. On se doit de leur faire de la place. Cette place que j’ai prise il y a quinze ans dans un monde un peu moins hostile où il était encore possible de se tromper et de recommencer. Le pays a été traversé par une protestation historique extrêmement puissante et unanime de la réforme des retraites. Cette contestation a été niée et réprimée de façon choquante par et ce schéma de pouvoir dominateur de plus en plus décomplexé éclate dans plusieurs domaines. Socialement, c’est là où c’est plus choquant mais on peut aussi voir ça dans toutes les autres sphères de la société et le cinéma n’y échappe pas. La marchandisation de la culture que le gouvernement néolibéral défend est en train de casser l’exception culturelle française sans laquelle je ne serais pas là devant vous ».

Le rapport Boutonnat, prétexte à la marchandisation de la culture, ce n’est pas une vue de l’esprit de Justine Triet ; n’en déplaise à la ministre d’une culture-divertissement, où le bon peuple doit consommer des sous-produits culturels regardés sur des terminaux mobiles, rapportant des dividendes à deux chiffres aux financiers.

Curieuse circonstance, le soir de la proclamation du palmarès du Festival de Cannes, Rima Abdul-Malak était l’une des invitées de l’émission de Léa Salamé. Là, elle ne risquait pas d’être estomaquée, la star autoproclamée de France 2 et de France Inter avait sorti sa plus belle brosse à reluire pour encenser la ministre.

Rima Abdul-Malak estomaquée par Justine Triet, peut-être, mais culottée de préférer l’émission de Léa Salamé à la cérémonie du Festival de Cannes ! A chacun sa culture.

La culture, celle qui grandit l’homme et qui n’est pas qu’une industrie soumise aux seules règles du marché, est en grand danger ! Et Justine Triet a été bien inspirée de le rappeler.

Bateau ivre

Emmanuel Macron traverse une période de forte dépression et il ne contrôle plus rien ; mais sans l’avouer. Il s’est chamaillé avec un grand nombre de ceux qui lui avaient élaboré son programme pour l’élection présidentielle de 2017.

L’économiste Jean Pisani-Ferry a pris ses distances avec Macron, critiquant sa politique en termes fermes, à défaut, néanmoins, de remettre en cause le néo-libéralisme.

Macron a été ébranlé plus fortement qu’il ne l’avoue par le profond mouvement social soulevé par la loi sur la réforme des retraites. Sa rigidité a excédé ses anciens ‘’conseillers’’ qui le lui ont fait savoir, ses ministres et quelques autres personnages de son entourage aussi. Le malaise est criant ; le pouvoir s’est retranché dans les salons de l’Elysée et semble ne plus savoir où aller.

Emmanuel Macron tente donc de renouer les liens avec quelques anciens compagnons de campagne et décrété les 100 jours pour tenter de reprendre la main en lançant réformes du travail, de l’immigration, de la réduction de la dette, de la baisse de la dépense publique et de la transition écologique. Jean Pisani-Ferry a ainsi hérité de la mission d’évaluer les « incidences économiques de l’action pour le climat. » La tâche est inatteignable et risque de ne déboucher que sur des effets d’annonces.

Pisani-Ferry a rendu son imposant rapport, qui, on s’en doute, va irriter tous les libéraux. Pour cet ordo-libéral, la dette, 111 % du PIB, la plus élevée de l’Europe, risque de se creuser davantage si des mesures drastiques ne sont pas envisagées.

Mais les mesures avancées par l’économiste sont celles que Macron et Le Maire ou Attal se refusent à envisager, à savoir réinventer l’Impôt sur la fortune, affublé d’une autre appellation pour ne pas perdre la face et temporaire pour ne pas effrayer les ultra-riches.

Le choix de prélèvements exceptionnels et explicitement temporaires sur le capital, écrit le rapport, « répond par ailleurs à l’impératif d’équité » conditionnant « l’acceptation par les Français des efforts que va leur demander la transition climatique ».  Pisani-Ferry suggère donc un impôt « assis sur le patrimoine financier des ménages les plus aisés ».

Il ajoute une note dans laquelle il écrit : « L’actif financier net des ménages était de 4 700 milliards d’euros en 2021, dont 3.000 milliards pour les 10 % les mieux dotés. Un prélèvement forfaitaire exceptionnel de 5 %, dans une fenêtre de trente ans, rapporterait donc 150 milliards, soit un peu plus de 5 points de PIB au total ».

Un (très petit) effort qui ne risque pas de réduire les inégalités, certes, mais qui contrevient au dogme macronien. Un effort qui ne répond pas à la demande populaire d’augmentation des salaires, mais qui a pour seul mérite d’acter que les ultras-riches peuvent payer.

Emmanuel Macron osera-t-il suivre ce conseil ou continuera-t-il à rester droit dans ses bottes ? Osera-t-il ranger ce rapport dans un tiroir de son bureau comme il l’a déjà fait pour d’autres rapports ?

Le pouvoir vacille ; le mouvement social saura-t-il, lui, en profiter pour imposer de véritables mesures sociales et environnementales ?

Le quinquennat est à un tournant.

Reprise en main

La lecture d’un entretien de deux journalistes du Monde avec la nouvelle patronne de France Inter est édifiante : Sybile Veil a trouvé en Adèle Van Reeth une nouvelle ‘’chienne de garde’’ pour aseptiser la radio publique.

La philosophe avoue qu’elle poursuit le travail de Laurence Bloch en « ajoutant mes propres intuitions ». Comme si une grille de programme se construisait sur des intuitions. Quelle vanité pour une néophyte !

Ensuite, elle flatte ceux et celles qu’elle promeut à coup de formules pompeuses.

Sonia Devillers ? Elle a « développé un savoir-faire hors-pair dans la manière d’interviewer (…) sa façon de réinventer un rendez-vous emblématique ». Elle hérite donc de l’interview de 7h50.

Léa Salamé ? Elle « avait envie de nouveaux challenges ». La patronne répond aussitôt à ses caprices de star autoproclamée : « Elle assurera donc une interview quotidienne d’un quart d’heure, à 9h20, avec la liberté et le talent qu’on lui connaît ». En écartant, au passage, Nicolas Demorand. Il faisait de l’ombre à la star ?

Rebecca Manzoni ? Elle perd l’animation de Totemic chaque jour à 9h30, mais « elle reprendre Le Masque et la Plume (…) Nous sommes impatients de créer cette rencontre entre cette émission patrimoniale et la modernité qu’incarne Rebecca Manzoni, qui est adorée des auditeurs ». Elle est tellement adorée qu’elle perd son émission quotidienne pour une hebdomadaire qui n’a pas le même public.

Charline Vanhoenacker ? Là, Adèle Van Reeth atteint des sommets d’hypocrisie en affirmant que « les chiffres d’audience de son émission étaient en baisse depuis quelques années ». Le limogeage de la pétillante Belge passe mal auprès d’auditeurs appréciant son humour décalé et critique de l’ordre établi. Charline Vanhoenacker se trouve reléguée, elle aussi, le dimanche. Pour faire passer cet ‘’exil’’ « elle garde son billet dans la matinale du jeudi (…) et nous réfléchissons à une touche quotidienne pour que le fil soit maintenu d’un dimanche à l’autre ». Alors, pourquoi changer ?

Charline Vanhoenacker est écartée pour faire une grande place à Matthieu Noël ; en revanche, Adèle Van Reeth se moque du monde en affirmant : « Nous concevons en ce moment un nouveau rendez-vous pour 17 heures, un programme très fidèle à l’état d’esprit dont nous avons besoin sur cette antenne. Un endroit extrêmement libre, extrêmement incsif, où la satire politique, l’outrance, la caricature auront toute leur place. Peut-être avec Matthieu Noël » Mais pourquoi avoir éliminé les ‘’Belges’’ qui répondaient strictement à cette définition, alors que Matthieu Noël est lisse, consensuel et beaucoup moins corrosif.

France Inter reprise en main, c’est tout un symbole de la dérive des services publics.

Merci Mme Van Reeth de l’avouer aussi clairement.

La valse des milliards

Ô les beaux jours pour les ultrariches ! Ils sont pris dans le tourbillon effréné de la valse des milliards.

L’AFP nous apprend en effet que les dividendes versés aux actionnaires dans le monde capitaliste au cours du premier trimestre ont battu un nouveau record : 326,7 milliards de dollars, dont 28,8 milliards de dividendes exceptionnels !

Les groupes les plus généreux, ce n’est pas un hasard, sont les banques, les pétroliers et, plus surprenant, les construteurs automobiles (qui ont multiplié leurs largesses par 10, à l’image de Volkswagen qui a versé un dividende exceptionnel de 6,3 milliards).

Le gestionnaire d’actifs Janus Henderson est surpris par cette distribution extraordinaire « d’autant plus impressionnante que 2022 a été une année difficile pour l’économie mondiale avec une inflation élevée , des taux d’intérêt en hausse, des conflits et le maintien de certains confinements face à la Covid-19 ».

L’argent coule à flot, mais ne ruisselle pas. Les groupes se refusent toujours à augmenter les salaires et les dirigeants politiques, comme Emmanuel Macron, tentent de désamorcer le mécontentement en priant les patrons de verser primes et intéressement. Rien n’y fait, la colère gronde.

Les ultrariches sabrent le champagne (fourni par Bernard Arnault) quand les pauvres se privent de repas et voient les bulldozers écraser leurs bidonvilles, comme à Mayotte.

La valse des ultrariches est outrageusement scandaleuse alors que l’inflation mondiale galope ; elle témoigne d’un mépris démesuré. Et fait penser à la scène-culte du Guépard de Luchino Visconti en 1963, la valse du bal grandiose donné par Don Fabrizio, le dernier avant l’effondrement de la noblesse.

Le capitalisme, malgré la valse des milliards de dividendes en 2023, ne peut cacher sa crise, mondiale, prémisse d’un krach financier.

Notre argent les intéresse

L’Eglise catholique est en crise. Les églises se vident et les coûts de l’énergie ont sérieusement affaibli ses ressources. La hiérarchie portant la mitre a donc lancé un appel à ses fidèles pour les prier d’augmenter de 20 % leur versement au denier du culte.

Le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, a longuement négocié un protocole avec l’enseignement catholique visant à favoriser la mixité sociale et scolaire dans les établissements privés sous contrat.

Le protocole a été vidé de toute obligation et ne parle que d’incitation. Les écoles cathos conserveront leur liberté d’inscription et les familles leur libre choix.

Plus simplement, rien ne changera. La mixité qui fait nation n’est pas pour demain ! Les grenouilles de bénitier s’accrochent à leurs chapelets et multiplien les prières. Elles ont d’ailleurs sonné aux oreilles d’Emmanuel Macron.

Le président de la République qui a fait toute sa scolarité dans des établissements catholiques (où il a côtoyé sa future épouse, professeur) est intervenu pour dicter le protocole à son ministre ; ainsi Pap Ndiaye qui se prétend défenseur à tout crin de la laïcité a été désavoué ; cependant il n’envisage même pas de démissionner ; il a dû avaler une ostie et faire pénitence !

En revanche, l’enseignement catholique a saisi l’opportunité qui lui était ainsi offerte pour demander au ministère de ‘’sensibiliser’’ les collectivités territoriales à l’octroi de subventions aux établissements accueillant des éléves boursiers et aux collectivités locales de prendre en charge leurs repas des pauvres boursiers.

On est tenté de faire un rapprochement entre les événements : régions, départements, communes sont invitées à octroyer de nouvelles subventions aux écoles catholiques au moment où l’Eglise de France est en manque de ressources. Et après que l’Etat diminue les dotations.

Pas très catholique tout ça ! Les athées sont priés de se taire et de sacrifier davantage l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire.

Où est la Gauche ?

L’une est politiste, Julie Gervais, l’autre est historienne, Claire Lemercier ; elles sont les autrices de ‘’La Valeur du service public’’ (La Découverte), dans lequel elles ont témoigné des dégradations des services publics.

Télérama revient avec elles deux sur l’évolution de cette déliquescence organisée.

« Les modes de gestion des services publics fort différents les uns des autres sont de plus en plus dictés d’en haut, de façon uniforme, par des décideurs qui restent dans leurs bureaux et cadrent les moyens et les objectifs dans des tableaux Excel, sans prendre en compte les contraintes du quotidien. »

A la question de savoir comment et par qui les réformes sont conçues, la réponse est cinglante :

« Par de très hauts fonctionnaires, qui souvent vont pantoufler dans le privé ; mais aussi des consultants de cabinets de type McKinsey ; des banquiers travaillant de façon temporaire dans les ministères ; des dirigeants d’entreprise, sollicités pour amender les programmes scolaires – des Ponts et Chaussées par exemple ; etc (Tous ces gens forment, avec les responsablespolitiques au sommet de l’Etat, ce que nous appelons la NMPP : la ‘’noblesse managériale publique-privée’’ – pour reprendre le concept bourdieusien de ‘’noblesse d’Etat’’, en l’adaptant aux réalités d’aujourd’hui. »

Le constat est accablant et grave ; les deux autrices ont observé que « la carte de la désertification des services publics coïncide avec celle des succès électoraux du Rassemblement national ».

Que fait la Gauche pour s’opposer à la politique mortelle de Macron ?

L’intolérance pas toujours partagée !

Le Monde a consacré un échange avec ses lecteurs, en direct, sur son site à l’occasion du dixième anniversaire de la promulgation de la loi sur le mariage pour tous.

Echange surprenant. 

Un lecteur affirme : « Je n’ai rien oublié de cette période du mariage pour tous. J’avais treize ans, j’avais grandi dans un milieu classique et je faisais alors partie de ceux qui défilaient avec leurs parents contre le mariage pour tous. Dix ans plus tard, je suis en couple avec un garçon, avec toutes les difficultés que cela peut susciter dans une famille croyante. Et je regarde amèrement cette période de manifestations dont nous ne parlons plus en famille. » 

Le témoignage fait écho aux paroles d’une sociologue, Céline Béraud, qui, dans un entretien dans le même quotidien, affirme : « Beaucoup de catholiques ne veulent plus entendre parler de La Manif pour tous. Pourtant, au début, en 2012-2013, régnait un certain enthousiasme. Il y avait cette idée qu’il s’agissait d’un regain de vitalité du catholicisme, avec un engagement de jeunes. Mais, au fil des mois, avec la politisation du mouvement et sa radicalisation, une prise de distance s’est opérée. Si dans un premier temps l’unanimité a semblé l’emporter, comme si être catholique ne pouvait signifier que désapprouver le mariage pour tous et descendre dans la rue pour le faire savoir, le trouble suscité par la mobilisation et son homophobie est devenu de plus en plus perceptible au sein du catholicisme français, qui s’en est trouvé clivé. »

Quand l’intolérance est battue en brèche par la réalité !

Les réactionnaires ont trouvé de nouveaux terrains pour manifester leur intolérance. Leur haine s’est déplacée vers les immigrés, surtout, et perdure à l’encontre d’un certain cinéma et de nombreux livres. Beaucoup d’entre eux crachent sur la République. Mais leurs outrances ne sont pas toujours partagées. Dieu merci !

Néanmoins, les exemples récents témoignent que la ‘’bête immonde’’ est toujours vivante.

Intolérance et fanatisme

Le quotidien suisse Le Temps se pose la question que doivent se poser tous les démocrates, qui ont encore un peu d’humanité et de bon sens : Où va la France ?

L’auteur de l’article est professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève (IEHID), mais il est français et il ne mâche pas ses mots :

« Emmanuel Macron, tout à son style « jupitérien », aggrave l’aporie dans laquelle est tombée la France. Il n’a jamais rien eu de « nouveau », et sa posture d’homme « providentiel » est une figure éculée du répertoire bonapartiste. Il n’imagine pas autre chose que le modèle néolibéral dont il est le pur produit, quitte à le combiner avec une conception ringarde du roman national, quelque part entre le culte de Jeanne d’Arc et la fantaisie réactionnaire du Puy-du-Fou. »

Où va la France, en effet, avec un président dont l’idéologie réactionnaire côtoie dangereusement les fanatismes de toutes sortes.

Les maires de Callac, Carnac et Saint-Brévin-le-Pins peuvent témoigner de l’essor des Ligues traditionnalistes et le manque d’attention de l’Etat. N’est-ce pas Macron qui téléphone à Eric Zemmour quand il est agressé et qui ignore la situation de Yannick Morez qui ne voulait plus subir les agressions de l’extrême droite à propos de la création d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile.

Où va la France quand le préfet de Paris autorise un colloque et une manifestation de l’Action française, qui s’est signalée par des cris hostiles à la République et finit la soirée à Saint-Cyr-l’Ecole par un concert avec trois groupes de rock aryen, bras tendus en l’air, dans une ‘’ambiance IIIe Reich’’, comme le rapportent certains quotidiens.

Où va la France quand Civitas multiplie les actions pour s’opposer à la tenue de concerts ou à des expositions, en parlant de blasphèmes, de profanation ou de satanisme. Les ligues catholiques usent des mêmes arguments et des mêmes mots en Hongrie, aux Etats-Unis ou en Pologne. Les livres sont censurés, les enseignants menacés, la culture entravée.

Faut-il faire lire à Macron, Darmanin, Nunez et autres le Traité sur la tolérance de Voltaire, s’ils ne l’ont pas lu ?

Faut-il leur en rappeler quelques phrases écrites en 1763, il y a donc 260 ans, mais qui sont d’une troublante actualité :

« Il est facile au fanatisme d’arracher la vie à l’innocence, et difficile à la raison de lui faire rendre justice (…) On respecte toutes les confréries : elles sont édifiantes ; mais quelque grand bien qu’elles puissent faire à l’État, égale-t-il ce mal affreux qu’elles ont causé ? (…) On sait assez ce qu’il en a coûté depuis que les chrétiens disputent sur le dogme : le sang a coulé, soit sur les échafauds, soit dans les batailles, dès le IVsiècle jusqu’à nos jours (…) Il y a des gens qui prétendent que l’humanité, l’indulgence, et la liberté de conscience, sont des choses horribles (…) La fureur qu’inspirent l’esprit dogmatique et l’abus de la religion chrétienne mal entendue a répandu autant de sang, a produit autant de désastres, en Allemagne, en Angleterre, et même en Hollande, qu’en France (…) L’intolérance a couvert la terre de carnage. »

La politique ultralibérale, verticale, jupitérienne, autoritaire (stoppons-là tous les qualificatifs) secrète l’intolérance et justifie toutes les répressions. Et, au fond, tous les fanatismes comme ceux qu’on est amené à observer au quotidien.

La princesse de Clèves en état de sidération

Le monde de l’édition est en effervescence dans l’attente de la décision de Bruxelles concernant la prise de contrôle de Groupe Lagardère (et, par voie de conséquence, d’Hachette) par Vincent Bolloré (et, par ricochet, la vente d’Editis à Kretinsky). Les œuvres de l’esprit sont en jeu. Avec Bolloré, il s’agit d’un jeu cruel pour les esprits libres et contestataires.

Dans ce contexte d’agitation extrême, il est prudent de se méfier des rumeurs. Mais, en lisant un article de Nicolas Gary sur l’excellent site Actualitté, tout esprit sensé frémit :

« Les auteurs — les faiseurs — qui auront observé comment Vivendi a su jouer de ses atouts pour valoriser les écrivains d’Editis, considéreront avec d’autant plus d’intérêt le groupe Hachette. Peut-être pas si Nicolas Sarkozy en devient le directeur général, comme cela se dit depuis quelque temps. Mais encore que. »

Peut-on imaginer Nicolas Sarkozy s’installer dans le bureau de directeur d’Hachette ? Et succèder (même de très loin) à Louis Hachette dont la devise, « Sic quoque docebo » (« Ainsi j’enseignerai quand même »), était un engagement majeur dans une époque où l’école n’était pas encore obligatoire.

Il faut se rappeler la saillie du candidat à la présidence de la République le 23 février 2006 à Lyon, « L’autre jour, je m’amusais – on s’amuse comme on peut – à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle ! »

Elu président de la République, il récidivait, en juillet 2008 en faisant l’apologie du bénévolat ; en croyant faire un bon mot, il osait déclarer : « Ça vaut autant que de savoir par coeur La Princesse de Clèves. J’ai rien contre, mais… bon, j’avais beaucoup souffert sur elle. »

La princesse de Clèves est en état de sidération et nous aussi !

Si, par malheur, l’information d’ActuaLitté n’était pas une fausse nouvelle, ce serait affligeant, inquiétant et surtout la confirmation de la signification de la Croisade idéologique de Vincent Bolloré.

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